J'ai reçu un colis que je n'ai pas commandé : que faire
Un carton à votre nom, votre adresse juste, et aucune commande derrière : ce n'est presque jamais une erreur du transporteur. Vous saurez lire l'étiquette pour trancher entre les quatre explications possibles, ce que vous n'avez ni à payer ni à renvoyer, et les trois comptes à vérifier le jour même.
↑ Ce conseil fait partie du guide : Arnaques & hameçonnage
J'ai reçu un colis que je n'ai pas commandé, que faire ?
Ne payez rien et ne renvoyez rien : la loi l'interdit à l'expéditeur. Ouvrez le carton, photographiez l'étiquette, puis vérifiez l'historique de commandes et le relevé bancaire des comptes qui portent cette adresse. Un colis surprise signale le plus souvent que votre nom et votre adresse circulent dans un fichier revendu.
- Ne payez rien, ne renvoyez rien.
- Photographiez l'étiquette et le bordereau.
- Cherchez la commande dans vos comptes marchands.
- Relisez votre relevé bancaire du mois.
- Ne scannez aucun QR code du colis.
Les 4 explications, de la plus banale à la plus grave
Un colis non sollicité n'a que quatre origines sérieuses. Les distinguer prend dix minutes, et c'est ce tri qui décide de la suite : dans un cas il n'y a rien à faire, dans un autre votre carte bancaire est déjà en train de servir.
Le mot qui manque au débat, c'est brushing : en français, l'envoi non sollicité d'un paquet réel à un destinataire réel, par un vendeur tiers d'une place de marché, dans le seul but de fabriquer un faux avis vérifié. C'est l'explication de la grande majorité des cartons surprise : un expéditeur inconnu, un objet sans valeur, aucun papier dans l'emballage, et rien qui vous soit réclamé. Le brushing ne vous coûte rien directement ; il vous apprend, en revanche, que vos coordonnées se vendent.
- Le « brushing », de loin le plus fréquent. Un vendeur d'une place de marché expédie un objet de très faible valeur — une bague fantaisie, un câble, un porte-clés, un sachet de graines — à une adresse réelle qu'il a achetée dans un fichier. La livraison est vraie, donc le numéro de suivi est vrai : il lui sert à publier un faux avis « achat vérifié » depuis un compte qu'il contrôle, pour remonter dans les résultats. Vous n'êtes pas la cible : votre adresse l'est.
- Le vrai cadeau, ou la vraie erreur. Un proche qui commande pour vous sans le dire, un voisin qui s'est trompé d'un chiffre dans le numéro de rue, un marchand qui a inversé deux étiquettes. C'est minoritaire, mais l'étiquette le dit tout de suite.
- Une commande payée avec votre compte ou votre carte. C'est le cas grave. Quelqu'un est entré dans votre compte client, a commandé, et votre adresse enregistrée est restée celle de la livraison — par négligence, ou pour tester une carte sur un petit montant avant de s'en servir vraiment. Ici le colis est un signal d'intrusion : voir notre fiche compte Amazon piraté et commande inconnue.
- L'envoi forcé, avec la facture qui suit. Vous recevez l'objet, puis un courrier réclame le paiement d'un article ou d'un abonnement que vous n'avez jamais souscrit, avec la menace du renvoi à vos frais. C'est la pratique la plus ancienne, et c'est celle que la loi nomme et punit.
Ouvrir un colis qui porte votre nom ne vous engage à rien : aucun contrat ne naît d'une réception. En revanche, si l'étiquette porte un autre nom, ne l'ouvrez pas : il ne vous appartient pas. Notez « n'habite pas à l'adresse indiquée » dessus et rendez-le au bureau de poste ou au point relais.
Ce que l'étiquette dit en deux minutes
Tout est écrit sur le bordereau collé sur le carton. C'est la lecture que personne ne fait, et c'est elle qui range le colis dans la bonne case.
- L'orthographe de votre nom. Une faute, un nom de jeune fille, un prénom seul, un pseudonyme que vous n'employez que sur un site : la forme exacte du nom désigne le fichier d'où il sort, donc le site qui a laissé filer vos données personnelles.
- L'expéditeur. Un entrepôt logistique, une raison sociale que vous ne reconnaissez pas, une adresse de retour hors de France : brushing. Le nom d'une enseigne que vous utilisez vraiment : allez chercher la commande dans votre compte.
- Le numéro de suivi. Tapez-le sur le site du transporteur, pas sur un lien reçu par SMS. La date et le lieu de dépôt disent si l'envoi part de France ou d'un centre de tri international.
- Le document joint. Un envoi honnête porte une facture, avec une référence et un prix. Aucun papier, ou une facture à 0,00 €, c'est la signature du brushing : le vendeur paie le port pour acheter une livraison, pas pour vendre.
- Le contenu. Un objet minuscule expédié seul, sans notice, sans emballage de marque. Personne ne vend cela à perte ; en revanche, tout le monde peut acheter un avis vérifié pour le prix d'un timbre.
Photographiez l'ensemble avant de défaire quoi que ce soit : étiquette, bordereau, contenu, et l'objet à côté du carton. C'est ce dossier — et lui seul — qui permet à la place de marché de retirer le faux avis, et à vous de prouver la date si une facture arrive plus tard.
Rien à payer, rien à renvoyer : ce que dit la loi
Le réflexe naturel est de vouloir « être en règle » : payer la petite somme réclamée, ou renvoyer pour ne pas avoir d'ennuis. Les deux sont inutiles, et le second est exactement ce que le texte interdit d'exiger de vous.
- L'article L. 121-12 du code de la consommation interdit au professionnel d'exiger le paiement d'un bien ou d'un service, ou son renvoi, ou sa conservation, « sans qu'ils aient fait l'objet d'une commande préalable du consommateur ».
- L'article R. 635-2 du code pénal punit l'envoi forcé accompagné d'un courrier proposant de payer ou de renvoyer : c'est une contravention de 5e classe, soit 1 500 € d'amende au maximum, 3 000 € en cas de récidive (article 131-13 du code pénal).
- En pratique : aucun paiement, aucun renvoi à vos frais, aucun appel au numéro imprimé sur le papier joint. L'objet reste à la disposition de l'expéditeur : à lui de venir le chercher, à sa charge.
Si une facture ou une relance arrive, l'Institut national de la consommation recommande une lettre recommandée avec accusé de réception à l'expéditeur. Trois phrases suffisent : je n'ai passé aucune commande, l'objet reste à votre disposition, toute nouvelle relance sera signalée à la DGCCRF. Gardez la copie et l'avis de réception : c'est ce qui éteint le dossier si une société de recouvrement s'en mêle — cas traité dans notre fiche sur une dette inconnue réclamée par un recouvreur.
L'adresse de retour imprimée sur ces colis est presque toujours un entrepôt ou un relais sans identité : votre renvoi coûte de votre poche, n'arrive nulle part, et ne fait pas cesser les envois. Surtout, il confirme que votre adresse est habitée, active, et que le courrier y est lu. C'est précisément l'information qui donne de la valeur à votre ligne dans le fichier.
Les 3 comptes à vérifier le jour même
Le colis n'est pas le problème : c'est le symptôme. Ces trois vérifications prennent un quart d'heure et tranchent entre « mon adresse a fuité », ce qui est ennuyeux, et « mon compte ou ma carte sert », ce qui est urgent.
- L'historique de commandes de chaque compte marchand qui porte cette adresse. Ouvrez « Vos commandes » ou « Mes commandes » sur Amazon, Cdiscount, Fnac, AliExpress, Temu, Shein, et regardez aussi les commandes annulées et archivées. Si le colis y figure, quelqu'un est entré : changez le mot de passe, fermez les sessions actives et activez la double authentification.
- Le relevé bancaire du mois, ligne à ligne, y compris les débits de quelques euros : le petit prélèvement inconnu juste avant la livraison est le test de carte classique. Faites opposition et contestez : vous disposez de 13 mois pour contester une opération non autorisée. Nos fiches détaillent les signes d'une carte bancaire piratée et comment obtenir le remboursement de votre banque.
- La boîte mail, corbeille et courriers indésirables compris. Cherchez « votre colis a été expédié », « bienvenue » et « votre mot de passe a été modifié » aux dates qui entourent la livraison. Un compte ouvert avec votre adresse e-mail laisse toujours un message de bienvenue ; s'il se trouve déjà dans la corbeille, c'est que quelqu'un lit votre messagerie.
Reste à savoir d'où vient la fuite. Notre fiche sur l'adresse e-mail retrouvée dans une fuite explique comment interroger haveibeenpwned.com, et celle sur les mots de passe fuités ce qu'il faut changer en priorité. Une fois l'origine identifiée, vous pouvez demander la suppression de vos données personnelles aux sites concernés.
Le QR code dans le carton, et le SMS qui suit
Depuis deux ans, ces colis arrivent souvent avec une petite carte : « Scannez ce code pour recevoir votre cadeau », « Scannez pour confirmer la réception », « Votre avis vous rapporte 20 € ». Le QR code ne montre pas son adresse avant l'ouverture : c'est tout son intérêt pour l'escroc. Derrière, une fausse page de connexion ou un formulaire de carte bancaire. Le mécanisme est détaillé dans notre fiche j'ai scanné un faux QR code.
Le SMS arrive parfois quelques jours plus tard : « frais de dédouanement », « colis en attente, réglez 1,99 € ». Ce n'est pas une coïncidence : l'expéditeur du colis avait aussi votre numéro de téléphone dans le même fichier, et il sait qu'un envoi vient d'arriver chez vous. Aucun complément ne se paie sur un colis déjà affranchi : voir le faux SMS de livraison et, si vous avez déjà saisi votre carte, ce qu'il faut faire après avoir cliqué.
Dernier cas : le livreur réclame une somme à la remise, en contre-remboursement, pour un colis que vous n'avez pas commandé. Refusez la remise. Un colis refusé repart chez l'expéditeur, et vous n'avez rien à justifier.
« C'est une erreur, je viens le récupérer »
C'est le scénario qui doit vous faire dresser l'oreille, et celui que les guides oublient. Quelqu'un vous contacte — message, appel, coup de sonnette — pour récupérer le colis livré chez vous « par erreur ». Deux mécaniques derrière :
- La marchandise a été achetée avec une carte volée et livrée à une adresse neutre pour brouiller la piste. En la remettant, vous devenez le maillon visible de la chaîne : c'est votre adresse qui figure sur le bon de livraison.
- On vous propose de réexpédier des colis contre rémunération, parfois sous les habits d'un petit emploi à domicile. C'est le rôle de « réexpéditeur », et il se termine mal : mêmes ressorts que dans notre fiche sur la fausse offre d'emploi.
La conduite à tenir est simple : ne remettez rien à un inconnu, ne réexpédiez rien, n'acceptez aucune étiquette de retour envoyée par message. Notez l'heure, le numéro et ce qui vous a été dit, gardez le colis fermé à disposition du transporteur, et signalez. Si votre nom est déjà utilisé ailleurs, notre fiche sur l'usurpation d'identité décrit les démarches.
Signaler : les trois guichets
Chaque guichet traite une chose précise, et il est inutile de tout envoyer partout.
- La place de marché, même si vous n'y avez pas de compte : c'est la seule à pouvoir retirer le faux avis et suspendre le vendeur. Le formulaire s'appelle généralement « signaler un colis non sollicité ». Joignez la photo de l'étiquette et le numéro de suivi. Le principe du signalement d'un avis mensonger est le même que dans notre fiche faire retirer un faux avis.
- SignalConso (DGCCRF), pour l'envoi forcé, la facture qui suit et le faux avis : le signalement part au service qui contrôle le vendeur, et il est anonyme si vous le souhaitez.
- La plainte, dès qu'un débit inconnu apparaît ou qu'un compte a été utilisé. En ligne sur Thésée ou au commissariat, qui ne peut pas la refuser : notre fiche porter plainte et signaler un piratage liste les pièces à joindre. Si un RIB ou un prélèvement est en cause, voyez aussi ce que quelqu'un peut faire avec votre RIB et le prélèvement frauduleux.
Ce qui ne sert à rien
- Renvoyer le colis à vos frais. Ni la loi ni personne ne vous le demande, et l'adresse de retour ne mène nulle part.
- Appeler le numéro imprimé sur la facture jointe. Il sert à obtenir votre accord verbal, ou vos coordonnées bancaires « pour annuler ».
- Répondre « STOP » au SMS qui suit. Sur un envoi frauduleux, répondre confirme seulement que le numéro est actif.
- Attendre de voir si une facture arrive avant de regarder ses comptes. C'est justement le délai que le fraudeur utilise.
- Supprimer le message de bienvenue reçu ce jour-là : c'est votre preuve de la date et du site concerné.
- Payer un service qui promet d'effacer vos données de tous les fichiers. Personne n'a ce pouvoir : les demandes se font site par site, et elles sont gratuites — comme le rappellent les faux spécialistes de la récupération.
Deux situations voisines, à ne pas confondre avec celle-ci : le colis payé qui n'arrive jamais, et la fausse boutique en ligne qui encaisse sans jamais expédier. Sur une vente entre particuliers, voyez plutôt les arnaques aux petites annonces.
Questions fréquentes
Puis-je garder un colis que je n'ai pas commandé ?
Oui, vous n'avez rien à payer ni à renvoyer : l'article L. 121-12 du code de la consommation interdit au professionnel d'exiger le paiement, le renvoi ou la conservation d'un bien sans commande préalable. L'objet reste juridiquement à la disposition de l'expéditeur : c'est à lui de venir le chercher, à ses frais.
Le colis est à mon adresse, mais à un autre nom : que faire ?
Ne l'ouvrez pas. Un envoi adressé à quelqu'un d'autre ne vous appartient pas, même livré chez vous. Écrivez « n'habite pas à l'adresse indiquée » sur l'étiquette et redéposez-le au bureau de poste ou au relais. Si un inconnu vient le réclamer, ne remettez rien et notez l'heure.
Faut-il prévenir la place de marché si je n'y ai pas de compte ?
Oui, et c'est le seul geste qui sert à quelque chose contre le brushing : elle peut retirer le faux avis et suspendre le vendeur. Le formulaire s'appelle en général « signaler un colis non sollicité ». Joignez la photo de l'étiquette et le numéro de suivi, ce sont ses seules prises.
Comment savoir d'où vient la fuite de mon adresse ?
Regardez l'orthographe du nom sur l'étiquette. Une faute, un nom de jeune fille, un prénom seul ou un pseudonyme que vous n'utilisez que sur un site : c'est ce site qui a laissé filer le fichier. Complétez avec haveibeenpwned.com, qui liste les fuites où figure votre adresse e-mail.
Sources
- Institut national de la consommation — une société inconnue vous livre un objet que vous n'aviez pas commandé (pas d'obligation de payer ni de renvoyer ; lettre recommandée à l'expéditeur).
- Article L. 121-12 du code de la consommation (interdiction d'exiger le paiement, le renvoi ou la conservation sans commande préalable).
- Article R. 635-2 du code pénal (vente forcée par correspondance, contravention de 5e classe).
- SignalConso — signaler un problème à la DGCCRF.
- Service-Public.gouv.fr — fraude à la carte bancaire (13 mois pour contester une opération non autorisée).
- Cybermalveillance.gouv.fr — l'arnaque au QR code (quishing).
- haveibeenpwned.com (rechercher son adresse e-mail dans les fuites connues).
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Étienne AubryTechnicien informatique au Mans depuis dix ans. Cette fiche vient des appels où le colis surprise n'était pas le problème : c'était le petit débit de 1,20 € passé la veille sur le relevé. En savoir plus.
Un colis surprise, et un doute sur vos comptes ?
Diagnostic gratuit au téléphone, 15 minutes : on regarde ensemble l'historique de commandes, le relevé et les connexions récentes, et je vous dis s'il y a intrusion ou simple fuite d'adresse. Si un compte a été utilisé, l'assistance à distance est à 19 € la demi-heure ; un nettoyage si un appareil est en cause, dès 39 €. Grille complète sur la page des tarifs, déroulé sur comment ça se passe.
- Diagnostic gratuit
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