Suis-je piraté ? Les douze signes qui doivent alerter
Tous les signes n'ont pas la même valeur. Certains ne trompent pas, d'autres ont neuf fois sur dix une cause banale. Voici comment faire la différence — et quoi faire dans chaque cas.
- Des fichiers chiffrés et une demande de rançon : coupez le réseau, n'éteignez pas, ne payez pas.
- Le pointeur bouge seul : quelqu'un est connecté à votre machine, débranchez le réseau.
- Un compte bancaire touché : faites opposition avant tout le reste.
Sur Messenger, WhatsApp, par SMS ou par mail. C'est le signe le plus fréquent d'un compte pris par quelqu'un d'autre.
Si vous n'avez rien changé, c'est quelqu'un d'autre qui l'a fait. Chaque heure compte pour reprendre la main.
C'est un rançongiciel. Coupez le réseau immédiatement, ne payez pas, n'éteignez pas l'ordinateur brutalement.
Faites opposition sans attendre, puis signalez l'opération. La banque a des délais de contestation courts.
Quelqu'un connaît votre mot de passe et se heurte à la double authentification. Ne communiquez jamais ce code.
Une prise de contrôle à distance est en cours. Débranchez le réseau tout de suite.
Un intrus ajoute souvent une règle qui lui renvoie une copie de vos mails, puis efface ses traces.
Beaucoup de logiciels malveillants commencent par neutraliser la protection.
Barres d'outils, « optimiseurs », extensions de navigateur : souvent arrivés avec un téléchargement.
Détournement du navigateur : gênant, rarement isolé, et parfois accompagné d'un vol de données de connexion.
Un logiciel publicitaire est installé sur la machine, pas seulement dans le navigateur.
Souvent un simple encrassement. Mais aussi, parfois, un programme qui travaille pour quelqu'un d'autre.
Signal fort : dans la quasi-totalité des cas, il y a bien eu intrusion. À vérifier : compatible avec un piratage, mais aussi avec une cause bénigne. Possible : rarement seul en cause.
Comment savoir si je me suis fait pirater ?
Cherchez des actions que vous n'avez pas faites : messages envoyés en votre nom, connexions depuis un lieu inconnu, mot de passe refusé, achat inattendu, logiciel installé seul. La lenteur, la chauffe ou les publicités ciblées ne prouvent rien. Trois endroits répondent en cinq minutes : la boîte mail, le navigateur et la liste des appareils connectés à vos comptes.
Les trois endroits où regarder en premier
- La boîte mail. Ouvrez l'historique de connexions (Google, Microsoft et les autres le proposent) et cherchez un appareil ou un pays inconnu. Vérifiez surtout les règles de transfert et les réponses automatiques : un intrus en crée une pour continuer à lire votre courrier après votre changement de mot de passe. Regardez aussi les indésirables et les éléments supprimés : les mails de confirmation qu'il a déclenchés y atterrissent souvent.
- Le navigateur. Dans Chrome, Firefox ou Edge : la liste des extensions, le moteur de recherche par défaut, la page d'accueil, et les sites autorisés à envoyer des notifications. Une extension inconnue lit tout ce que vous tapez, y compris vos identifiants.
- Les appareils connectés à vos comptes Google, Microsoft, Apple, Facebook. Un téléphone ou un ordinateur que vous ne reconnaissez pas est le signe le plus direct qui existe — et il se retire en un clic.
Les six vérifications, pas à pas
- Ouvrez l'historique de connexions de votre boîte mail et repérez un appareil ou un pays que vous ne reconnaissez pas.
- Vérifiez les règles de transfert et les adresses de récupération : un pirate en ajoute une pour continuer à lire votre courrier.
- Regardez les indésirables et les éléments supprimés. Les mails de confirmation qu'il a déclenchés y atterrissent : c'est souvent là qu'on découvre ce qu'il a fait.
- Listez les extensions installées dans Google Chrome, Mozilla Firefox ou Edge, et désactivez celles que vous n'avez pas ajoutées.
- Vérifiez que le pare-feu et l'antivirus n'ont pas été désactivés : beaucoup de programmes malveillants commencent par là.
- Retirez les appareils connectés que vous ne reconnaissez pas, sur chacun de vos comptes.
Si l'une de ces six vérifications donne un résultat anormal, ne changez pas vos mots de passe depuis la machine suspecte : faites-le depuis un autre appareil, sinon vous donnez le nouveau en même temps que l'ancien.
Où ça commence, sur ordinateur et sur téléphone
Les deux terminaux ne se compromettent pas de la même façon, et les vérifications diffèrent :
- Sur les ordinateurs, l'entrée se fait par un programme installé : logiciel téléchargé hors site officiel, fausse mise à jour, pièce jointe. Vérifiez les programmes récents, les extensions des navigateurs, et si l'anti-virus n'a pas été désactivé à votre insu.
- Sur Android, l'entrée se fait par une application installée hors du Play Store, ou par une appli légitime à laquelle on a accordé l'accessibilité. Vérifiez les applis récentes et les autorisations, pas la marque de l'anti-virus.
- Sur iPhone, l'appareil lui-même est rarement infecté : le point faible est le compte, donc l'identifiant et les appareils connectés.
Dans les trois cas, une vulnérabilité non corrigée — système ou navigateur laissé sans mise à jour — multiplie les chances que ça aboutisse. C'est le seul facteur technique sur lequel vous agissez en deux clics.
Quel type de programme peut être en cause
Les symptômes orientent vers des familles différentes, et c'est utile à savoir avant d'appeler :
- Publicités et page d'accueil changée → programme publicitaire. Gênant, rarement grave, mais il signale qu'autre chose a pu passer.
- Comptes ouverts ailleurs sans vous → logiciel espion (spyware) ou enregistreur de frappe : vos identifiants ont été lus sur le terminal lui-même.
- Programme apparu après une installation → cheval de Troie, arrivé avec un logiciel téléchargé hors magasin officiel ou hors Google Play.
- Fichiers illisibles et demande d'argent → rançongiciel (ransomware) : on coupe le réseau immédiatement.
- Rien de visible, mais des connexions inconnues → souvent aucun code malveillant sur la machine : juste un mot de passe qui a fuité ailleurs. C'est le cas le plus fréquent, et le plus simple à régler.
Ce dernier point mérite d'être souligné : la majorité des « piratages » de particuliers ne mettent en jeu aucun système informatique infecté. Ni hacker, ni faille de sécurité informatique : un identifiant réutilisé, une adresse email retrouvée dans une fuite, et des essais automatisés par milliers.
Ce qui n'est pas un signe de piratage
- Des publicités ciblées qui reprennent une conversation : c'est du ciblage publicitaire ordinaire, pas un micro ouvert.
- Un ordinateur lent ou qui chauffe : dans la majorité des cas, le disque, la mémoire ou l'encombrement logiciel.
- Un mail frauduleux reçu : en recevoir ne veut pas dire être infecté. Des milliards partent chaque jour vers des adresses issues de fuites.
- Une alerte sur un site internet annonçant des virus détectés : aucune page web ne peut analyser votre ordinateur.
Ce qu'un pirate fait de votre compte
Comprendre ce qu'ils cherchent aide à savoir où regarder. Par ordre de fréquence :
- Écrire à vos contacts en votre nom — demandes d'argent, pièces jointes piégées, liens frauduleux. Votre carnet d'adresses vaut plus que votre compte : vos proches, eux, font confiance à l'expéditeur.
- Réinitialiser vos autres comptes. Avec l'accès à la boîte mail, il suffit de demander un nouveau mot de passe ailleurs ; c'est pour ça qu'elle passe avant tout le reste.
- Revendre les identifiants. Un couple nom d'utilisateur / mot de passe valide se revend par lots ; c'est ce qui explique les tentatives de connexion des mois après.
- Envoyer du spam depuis votre adresse, jusqu'à ce qu'elle soit blacklistée — vos mails légitimes finissent alors dans les indésirables de vos correspondants.
- Collecter vos informations personnelles — factures, pièces d'identité scannées, numéro de téléphone — qui servent ensuite à une usurpation.
Aucun de ces usages n'exige de compétence particulière, et aucun ne vise quelqu'un en particulier : c'est ce qui rend les vérifications ci-dessus utiles même quand « on n'a rien d'intéressant à voler ».
Par où les cybercriminels entrent, dans l'ordre de fréquence
- Un mot de passe réutilisé qui a fuité sur un autre site. Aucun piratage à proprement parler : on essaie simplement le même couple adresse / mot de passe ailleurs.
- Un mail d'hameçonnage et sa fausse page de connexion, ou sa pièce jointe.
- Un logiciel malveillant installé avec un programme téléchargé hors des canaux officiels.
- Un appel de faux support suivi d'une prise en main à distance.
Ces quatre portes expliquent la quasi-totalité des dossiers que je vois. Elles ont un point commun : aucune n'exige de compétence technique de la part de l'attaquant.
Les six gestes d'urgence
Dans cet ordre. Ils ne coûtent rien et limitent les dégâts, que vous m'appeliez ensuite ou non.
-
Coupez le réseau, pas le courant
Débranchez le câble Ethernet ou désactivez le Wi-Fi. Cela stoppe une prise de contrôle et empêche un rançongiciel d'atteindre vos autres appareils et vos sauvegardes.
N'éteignez pas brutalement l'ordinateur si un chiffrement est en cours : vous perdriez des éléments utiles à l'analyse.
-
Ne payez jamais la rançon
Payer ne garantit rien, finance l'attaque suivante et vous désigne comme cible qui paie. C'est la recommandation constante des autorités françaises.
-
Changez vos mots de passe depuis un autre appareil
Jamais depuis la machine suspecte : si elle enregistre vos frappes, vous donneriez aussi les nouveaux. Utilisez le téléphone d'un proche ou un appareil sain.
Commencez par votre boîte mail : c'est la clé qui ouvre tous les autres comptes.
-
Activez la double authentification, en commençant par la messagerie
C'est la mesure qui bloque le plus d'attaques pour le moins d'efforts. Un mot de passe volé ne suffit alors plus.
-
Inspectez votre messagerie avant de refermer le dossier
Vérifiez les règles de transfert, les adresses de récupération et la liste des appareils connectés. Un intrus laisse souvent une porte dérobée derrière lui.
-
Signalez, et conservez les preuves
Photographiez les écrans, notez les dates. Puis : votre banque en cas de paiement, cybermalveillance.gouv.fr et 17Cyber pour être orienté, et un dépôt de plainte.
Les fausses alertes les plus fréquentes
Une bonne partie des appels que je reçois ne sont pas des piratages. Les reconnaître évite une dépense et une inquiétude inutiles.
La fausse alerte du navigateur
Une page plein écran annonce que « votre ordinateur est infecté » et affiche un numéro à appeler, parfois avec une voix de synthèse. C'est une arnaque au faux support technique : la page n'a aucun accès à votre machine. Fermez l'onglet, au besoin forcez la fermeture du navigateur. N'appelez jamais le numéro. Ce qu'il faut savoir sur cette arnaque.
Le mail de chantage à la webcam
Un message affirme vous avoir filmé et exige un paiement en cryptomonnaie. Il est envoyé en masse. Le mot de passe qu'il cite parfois vient d'une fuite ancienne : c'est le seul point à traiter — changez-le partout où il servait encore.
La lenteur
Disque saturé, disque mécanique fatigué, trop de programmes au démarrage, Windows qui installe une mise à jour : dans l'immense majorité des cas, la lenteur n'a rien à voir avec un pirate.
Trois vérifications que vous pouvez faire vous-même
- Les connexions récentes de votre messagerie — Gmail comme Outlook affichent la liste des appareils et des adresses qui se sont connectés. Une connexion depuis un pays où vous n'êtes jamais allé est sans appel.
- Les règles de transfert — dans les paramètres du courrier, vérifiez qu'aucune règle n'envoie une copie de vos messages ailleurs.
- Les autorisations — sur Facebook, Google ou Microsoft, la liste des applications autorisées contient parfois un intrus que vous n'avez jamais installé.
Ces vérifications sont sans risque, mais elles demandent de la méthode. Au téléphone, on les fait ensemble en dix minutes : 07 51 13 37 69, diagnostic gratuit.
Tester un fichier suspect
Un fichier reçu par mail, téléchargé, sur une clé ? Vous pouvez le confronter à une soixantaine d’antivirus d’un coup. L’empreinte du fichier est calculée sur votre ordinateur : le fichier lui-même ne part nulle part, sauf si vous l’autorisez pour analyser un fichier encore inconnu.
Analyse fournie par VirusTotal. N’envoyez jamais un document personnel ou confidentiel : seul un programme dont vous doutez doit être soumis.
Et ensuite ?
Si le doute est levé dans le mauvais sens, il y a trois choses à faire, dans cet ordre : établir ce qui s'est réellement passé, nettoyer et reprendre la main, puis fermer la porte par laquelle c'est entré. C'est ce dernier point que l'on saute le plus souvent, et c'est celui qui évite la récidive.
Questions fréquentes
Un ordinateur lent, c'est un piratage ?
Neuf fois sur dix, non. La lenteur vient d'un disque plein, d'un disque mécanique vieillissant ou de programmes lancés au démarrage. Elle ne devient un signal que si elle s'accompagne d'autre chose : ventilateur à fond au repos, fenêtres qui s'ouvrent seules, connexion réseau anormale.
J'ai reçu un mail qui dit m'avoir filmé et réclame des bitcoins.
C'est presque toujours une extorsion en masse, envoyée à des milliers d'adresses, sans aucun accès réel à votre matériel. Le mot de passe cité provient d'une fuite de données ancienne. Ne payez pas, ne répondez pas — mais changez le mot de passe en question partout où il servait encore.
Comment savoir si quelqu'un lit mes mails ?
Regardez trois choses dans les paramètres de votre messagerie : les règles de transfert automatique, l'adresse de récupération, et la liste des appareils et des connexions récentes. Un intrus laisse presque toujours une trace dans l'une des trois.
Mon antivirus ne détecte rien, je suis donc tranquille ?
Pas nécessairement. Un antivirus voit les fichiers malveillants connus. Il ne voit pas un compte dont le mot de passe a été volé, ni une session ouverte ailleurs, ni un accès à distance autorisé par une arnaque au faux support.
Un doute ? Cinq minutes au téléphone suffisent à le lever.
Le diagnostic est gratuit et sans engagement. Si vous n'avez rien, je vous le dis.
- Diagnostic gratuit
- Sans engagement
- Le Mans, Sarthe et à distance