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Repère

Porter plainte après un piratage : où, comment, à quoi ça sert

« Ça ne sert à rien, ils ne retrouveront personne. » On me le dit à chaque fois. C'est en partie vrai, et pourtant il faut le faire — pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'espoir de retrouver l'escroc.

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Où porter plainte après un piratage ?

Au commissariat ou à la gendarmerie, dans n'importe quel service, ou en ligne pour les escroqueries sur internet. Un dépôt de plainte ne peut pas vous être refusé : si on vous propose une main courante, insistez ou écrivez au procureur. Signaler sur 17Cyber, Pharos ou Perceval ne remplace pas la plainte.

Signaler, porter plainte, main courante : trois choses différentes

  • Signaler, c'est prévenir une plateforme de l'État qu'un fait existe. C'est rapide, en ligne, sans rendez-vous. Ça ne déclenche pas d'enquête sur votre cas : ça alimente des recoupements qui, eux, déclenchent des enquêtes sur les réseaux.
  • Porter plainte, c'est demander que des poursuites soient engagées. C'est l'acte qui vous donne le statut de victime, celui que réclament les assureurs et parfois les banques.
  • La main courante ne fait que dater une déclaration. Elle ne saisit pas la justice. Si l'on vous propose une main courante alors que vous voulez porter plainte, demandez la plainte : elle ne peut pas vous être refusée.

17Cyber : la porte d'entrée, à ouvrir en premier

17Cyber.gouv.fr est le guichet mis en place par l'État pour les victimes de cybermalveillance. En quelques questions, il qualifie ce qui vous arrive, vous donne la marche à suivre, et vous met en relation avec un policier ou un gendarme quand la situation le justifie. C'est gratuit, disponible en permanence, et c'est le bon premier réflexe quand on ne sait pas par quel bout prendre les choses.

Ce qu'il ne fait pas, en revanche : il ne prend pas la main sur votre machine, il ne récupère pas votre compte à votre place, il ne nettoie pas un rançongiciel. Il oriente. La partie technique reste à faire, par vous ou par quelqu'un pour vous.

Illustration : un document officiel au trait sur fond sombre
Le signalement alimente les recoupements ; la plainte, elle, ouvre vos droits.

Porter plainte : les trois voies

  1. Au commissariat ou à la gendarmerie, n'importe lequel, pas seulement celui de votre domicile. C'est la voie la plus sûre pour un dossier avec un préjudice financier.
  2. En ligne, pour les escroqueries sur internet, via le dispositif de plainte en ligne de la police et de la gendarmerie (THESEE). Pratique, et suffisant pour beaucoup de dossiers d'arnaque — sauf si vous avez payé en espèces, car le formulaire réclame obligatoirement l'IBAN du paiement : c'est le cas typique des coupons PCS ou Transcash achetés au tabac. Attention, le portail héberge en réalité trois formulaires distincts et THESEE refuse certains dossiers : lequel des trois guichets de plainte en ligne vous concerne se décide avant de commencer à remplir.
  3. Par courrier au procureur de la République du tribunal judiciaire dont vous dépendez, en recommandé. C'est la voie à utiliser si l'on vous oppose un refus ou si l'on vous renvoie indéfiniment.

Demandez toujours une copie de la plainte et notez le numéro de procès-verbal. C'est ce document que la banque, l'assureur ou l'opérateur vous réclameront.

Ce qu'il faut apporter

Une plainte utile est une plainte documentée. Avant de vous déplacer, rassemblez :

  • Les dates et heures précises : premier message suspect, premier débit, moment où vous avez perdu l'accès.
  • Les montants et, s'il y a eu virement, l'IBAN destinataire et le libellé exact de l'opération.
  • Les messages d'origine — SMS, e-mails, captures d'écran de la page ou du profil. Conservez les e-mails entiers, pas seulement le texte : les en-têtes contiennent l'essentiel.
  • Le numéro appelant et le nom que l'interlocuteur s'est donné.
  • Tout ce que vous avez déjà fait : opposition, changement de mots de passe, signalements.

Un conseil de terrain : écrivez une page de récit chronologique et imprimez-la. On vous demandera de raconter, vous serez fatigué, et vous oublierez la moitié.

Les signalements utiles, selon le cas

Quel guichet fait quoi
GuichetCe qu'il faitOuvre une enquête
Commissariat, gendarmeriePlainte. Dans n'importe quel service, sans rendez-vous, et le dépôt ne peut être refusé.Oui
Thésée (en ligne)Plainte pour les escroqueries commises sur internet.Oui
Main couranteSimple déclaration horodatée.Non
PercevalSignalement d'utilisation frauduleuse de carte. Produit un récépissé pour la banque.Non
33 700Transfert d'un SMS frauduleux. Fait fermer les numéros émetteurs.Non
17Cyber, Cybermalveillance.gouv.frDiagnostic, orientation, prestataires référencés.Non
Ils ne s'excluent pas. Sur une fraude à la carte, on fait généralement les trois : opposition auprès de la banque, signalement Perceval, et plainte.
  • Perceval — fraude à la carte bancaire quand vous avez toujours votre carte. Depuis votre compte service-public.fr.
  • Pharos — contenus et comportements illicites en ligne : usurpation, escroquerie, contenus haineux, chantage.
  • 33700 — SMS et appels frauduleux. On transfère le message, on répond au numéro demandé : c'est ce qui fait fermer les numéros de collecte.
  • Signal Spam — e-mails d'hameçonnage.
  • La CNIL — quand un organisme a laissé fuiter vos données ou refuse de les supprimer. La plainte est gratuite, mais elle n'a de poids qu'après une demande restée sans réponse pendant un mois : voir comment faire supprimer ses données personnelles sur Internet.

Les numéros qui répondent vraiment

  • Info Escroqueries — 0 805 805 817, gratuit. Des policiers et gendarmes qui vous disent quoi faire dans votre cas précis. Très sous-utilisé.
  • France Victimes — 116 006, gratuit. Accompagnement dans les démarches, y compris le soutien psychologique : après une arnaque sentimentale ou une perte lourde, ce n'est pas un détail.
  • Le 17 en cas d'urgence immédiate, et le 112 depuis l'étranger.

À quoi ça sert, concrètement

Trois choses, aucune romantique :

  1. Ça ouvre vos droits. Assurance, protection juridique, parfois remboursement bancaire : tous réclament le dépôt de plainte.
  2. Ça date les faits. Si l'affaire rebondit dans six mois — un crédit souscrit à votre nom, une amende reçue —, vous avez une preuve antérieure.
  3. Ça alimente les recoupements. Les réseaux tombent sur accumulation de plaintes, pas sur une plainte isolée. La vôtre est un point dans une carte.

Et ce que ça ne fera pas : récupérer votre compte, nettoyer votre machine, ni, dans l'immense majorité des cas, retrouver votre argent. Ces trois choses-là se traitent en parallèle, tout de suite, sans attendre la suite judiciaire.

Et si, des mois plus tard, le courrier du procureur annonce un classement : la fiche plainte classée sans suite, les trois recours explique comment lire le motif et ce que ce classement ne remet pas en cause.

Où porter plainte selon ce qui vous est arrivé

La question revient sous deux formes — « piratage Facebook » et « piratage informatique » — et la réponse n'est pas la même :

  • Un compte en ligne pris, sans perte d'argent : plainte au commissariat ou à la gendarmerie, ou en ligne sur Thésée. Signalez aussi le compte à la plateforme : c'est ce qui le fait fermer, la plainte ne le fera pas.
  • Un compte pris ET de l'argent parti : même plainte, plus le volet bancaire — opposition, contestation écrite, et signalement Perceval si c'est la carte de crédit qui a servi alors que vous l'aviez en main. Attention : Perceval ne traite que la carte. Pour un débit passé par l'IBAN, le cadre est celui du prélèvement frauduleux, avec ses propres délais.
  • Un faux profil à votre nom : c'est une usurpation d'identité, un délit distinct. Précisez-le : la qualification change la suite donnée au dossier.
  • Un contrat ou un abonnement souscrit en votre nom : la plainte pour usurpation d'identité est la pièce que le créancier réclamera. Envoyez-lui le récépissé, et répondez par écrit à la société de recouvrement qui réclame une dette inconnue avant tout paiement, même partiel.
  • Une machine chiffrée ou infectée : plainte au commissariat, avec les courriels reçus et la demande de rançon. Pour une entreprise, le dépôt est indispensable pour l'assurance.
  • Un mail frauduleux sans suite : pas de plainte, un signalement suffit. Une plainte sans préjudice encombre une file déjà longue.

Dans tous les cas, on peut déposer plainte dans n'importe quel service, pas seulement celui de son domicile, et le dépôt ne peut pas être refusé. Si on vous propose une main courante, dites que vous souhaitez déposer plainte : la main courante n'ouvre aucune enquête.

Le volet bancaire : ce que la banque va demander

Dès qu'il y a un préjudice financier, deux dossiers avancent en parallèle — le judiciaire et le bancaire — et le second est celui qui rembourse. Préparez :

  1. La liste des opérations contestées relevées sur le compte bancaire : date, montant, libellé exact. Un tableau vaut mieux qu'un récit.
  2. Le récépissé de plainte ou le numéro du signalement Perceval. Au-delà d'un certain montant, la banque le réclame systématiquement.
  3. La chronologie : quand vous avez reçu le message, quand vous avez répondu, quand vous vous en êtes aperçu. C'est ce qui établit que vous avez été victime d'une manœuvre et non d'une négligence.
  4. Une contestation écrite, remise contre décharge ou envoyée en recommandé. L'oral ne laisse aucune trace, et les délais courent.

Si la banque refuse en invoquant une négligence grave, le refus se conteste auprès du médiateur bancaire : c'est gratuit, écrit, et ça aboutit régulièrement quand le dossier montre une manœuvre organisée des fraudeurs. Attention au calendrier : on ne peut le saisir que dans l'année qui suit la réclamation écrite, et il répond sous quatre-vingt-dix jours — comment saisir le médiateur bancaire détaille la marche à suivre et les motifs d'irrecevabilité.

Quand l'argent est parti par virement instantané, la plainte se double d'une course contre l'heure côté banque : la demande de retour de fonds, puis la contestation écrite. Les deux sont détaillées dans virement instantané à un escroc : 10 secondes, et quatre recours.

Pour une entreprise, la plainte ne suffit pas : elle s'ajoute à des obligations propres, dont la notification à la CNIL sous soixante-douze heures. Le détail est dans les obligations légales d'une TPE piratée.

Si vous êtes au Mans ou en Sarthe, l'ordre des démarches et les interlocuteurs locaux sont détaillés dans piraté au Mans : à qui s'adresser.

Questions fréquentes

Puis-je porter plainte si je ne connais pas l'auteur ?

Oui. C'est même le cas courant : on dépose plainte contre X. L'absence d'auteur identifié n'empêche ni le dépôt, ni l'enquête.

Le commissariat refuse ma plainte, c'est légal ?

Non. Un dépôt de plainte ne peut pas être refusé. Si on vous oriente vers une main courante alors que vous demandez une plainte, insistez, ou écrivez directement au procureur de la République en recommandé avec accusé de réception.

Faut-il porter plainte pour un simple e-mail de chantage ?

Pour un mail de chantage à la webcam envoyé en masse, un signalement sur Pharos suffit dans la plupart des cas. La plainte s'impose dès qu'il y a eu paiement, contact personnalisé, ou diffusion réelle de contenu.

Combien de temps ça prend ?

Le dépôt : une à deux heures sur place, quelques minutes en ligne. La suite dépend du dossier et n'est pas garantie. Ne conditionnez aucune de vos démarches techniques ou bancaires à l'avancement de la plainte.

Si vous êtes encore au milieu de l'incident — compte perdu, machine qui fait des choses seule, argent parti — commencez par identifier ce qui se passe. La plainte peut attendre deux heures ; l'accès de l'intrus, non.

Où porter plainte pour un piratage Facebook ?

Au commissariat ou à la gendarmerie de votre choix, ou en ligne sur Thésée. Et signalez le compte à Facebook en parallèle : c'est le signalement qui le fait fermer, pas la plainte. Si un faux profil porte votre nom, précisez l'usurpation d'identité.

Comment porter plainte pour piratage informatique ?

Sans rendez-vous, dans n'importe quel service — le dépôt ne peut pas être refusé. Apportez les captures, les courriels, la chronologie et le relevé des opérations contestées. Refusez la main courante : elle n'ouvre aucune enquête.

La banque refuse de rembourser, que faire ?

Contestez par écrit, puis saisissez le médiateur bancaire : c'est gratuit et ça aboutit régulièrement quand le dossier montre une manœuvre organisée. Le récépissé de plainte et le signalement Perceval pèsent dans la décision.

À lire aussi : se faire rembourser par sa banque · usurpation d'identité · le guide des arnaques.

EA

Étienne AubryTechnicien informatique au Mans depuis dix ans. Cette fiche vient de ce que je vois passer au téléphone, pas d'un manuel. En savoir plus.

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