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Fiche pratique

Se faire rembourser par sa banque après une arnaque

C'est la question que tout le monde pose en deuxième, juste après « comment ils ont fait ». La réponse tient à une seule distinction, et personne ne l'explique clairement : est-ce que vous avez validé l'opération, ou pas ?

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↑ Ce conseil fait partie du guide : Arnaques et hameçonnage

Ma banque doit-elle me rembourser après une arnaque ?

Tout dépend d'un point : avez-vous validé l'opération ? Pour un paiement non autorisé, la loi impose le remboursement au plus tard le premier jour ouvrable suivant le signalement. Pour un virement que vous avez vous-même validé, même sous la manipulation d'un escroc, la banque n'y est pas tenue — mais plusieurs recours existent.

La distinction qui décide de tout

Le droit bancaire ne connaît que deux situations, et elles n'ont rien à voir l'une avec l'autre :

  • L'opération non autorisée. Quelqu'un a payé ou viré à votre place : numéro de carte volé, compte en ligne piraté, virement passé depuis votre espace bancaire pendant qu'un escroc y avait accès. Vous n'avez rien validé.
  • L'opération autorisée. Vous avez vous-même saisi l'IBAN, tapé le code, validé la notification dans l'application — même trompé, même manipulé au téléphone pendant une heure. Pour la banque, l'ordre vient de vous.

Tout le reste en découle. Dans le premier cas, la loi impose le remboursement. Dans le second, elle ne l'impose pas — ce qui ne veut pas dire que tout est perdu, mais le terrain change complètement.

Opération non autorisée : la banque doit rembourser

C'est le cas le plus favorable, et le plus mal connu. L'article L133-18 du code monétaire et financier prévoit que la banque rembourse le montant de l'opération non autorisée immédiatement après avoir été prévenue, et au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant — en remettant le compte dans l'état où il aurait été sans la fraude, frais et agios compris.

Trois points à connaître :

  • Vous avez treize mois pour contester une opération à compter du débit (délai réduit hors Union européenne). Mais plus vous attendez, plus la banque aura beau jeu de parler de négligence.
  • La franchise de 50 € ne s'applique que si votre carte a été perdue ou volée physiquement et utilisée avant votre opposition. Si vos données ont été utilisées à distance sans que la carte quitte votre poche, il n'y a pas de franchise du tout.
  • L'authentification forte. Depuis la directive sur les services de paiement, la banque doit exiger une double validation pour les paiements en ligne. Si elle ne l'a pas fait, elle supporte les conséquences — c'est un argument souvent décisif, et rarement soulevé par les clients.

Le remboursement n'est pas une faveur commerciale : c'est une obligation. Une banque peut rembourser d'abord et enquêter ensuite, et c'est ce que prévoit le texte.

Illustration : un symbole euro au trait sur fond sombre
Tout se joue sur une ligne : l'opération était-elle autorisée par vous, ou pas ?

Virement que vous avez validé : le cas difficile

C'est le scénario du faux conseiller bancaire : on vous appelle, on vous fait peur, et c'est vous qui validez le virement « de mise en sécurité ». Juridiquement, l'opération est autorisée. La banque n'a pas d'obligation de rembourser, et la plupart refusent.

Il reste trois leviers, à actionner vite :

  1. Le recall. Demandez immédiatement à votre banque de lancer une procédure de rappel de fonds auprès de la banque destinataire. Cela ne marche que si l'argent est encore là — d'où l'urgence : quelques heures, pas quelques jours.
  2. Le défaut de vigilance de la banque. Un virement inhabituel par son montant, sa destination ou son horaire aurait dû déclencher une alerte. Si votre banque a laissé partir 40 000 € vers un compte étranger sur un compte qui n'a jamais rien fait de tel, l'argument est sérieux.
  3. L'usurpation du numéro. Quand l'escroc a affiché le vrai numéro de votre agence (« spoofing »), plusieurs décisions ont considéré que le client n'avait pas commis de négligence grave. Notez l'heure exacte de l'appel et le numéro affiché : c'est une pièce.

« Négligence grave » : le mot sur lequel tout se joue

C'est la porte de sortie de la banque. Si elle démontre votre négligence grave, elle peut refuser de rembourser même une opération non autorisée. Attention : la charge de la preuve pèse sur elle, pas sur vous. Le seul fait que l'opération ait eu lieu ne prouve rien.

Ce qui est généralement retenu comme négligence grave : avoir communiqué volontairement son code confidentiel, avoir noté son code sur la carte, n'avoir rien signalé pendant des mois alors que les débits étaient visibles sur les relevés.

Ce qui, en principe, ne l'est pas : avoir été trompé par un site ou un message convaincant, avoir cliqué sur un lien, avoir répondu à un appel qui affichait le vrai numéro de la banque. Se faire abuser par une mise en scène soignée n'est pas une faute — c'est exactement ce que l'escroc a construit.

Les premières heures, dans l'ordre

  1. Faire opposition sur la carte ou bloquer l'accès en ligne — par l'application, ou par le serveur interbancaire au 0 892 705 705.
  2. Contester par écrit, le jour même. Un e-mail ou un courrier recommandé à votre conseiller, listant chaque opération avec sa date et son montant, et demandant expressément le remboursement au titre de l'article L133-18. L'écrit fixe la date : c'est lui qui compte, pas l'appel téléphonique.
  3. Tout conserver : SMS, e-mails, capture de la page frauduleuse, numéro appelant, heure, nom donné par l'interlocuteur. Ne supprimez rien, même ce qui vous gêne.
  4. Signaler (voir ci-dessous) puis porter plainte.

Si le compte a été atteint parce qu'un appareil est compromis, traitez aussi la machine : remboursé ou pas, un intrus toujours présent recommencera. C'est l'objet de la fiche mon ordinateur a été piraté.

Perceval, plainte : utile même sans espoir

Pour une fraude à la carte bancaire sans perte ni vol de la carte, le signalement se fait sur Perceval, le téléservice de la gendarmerie accessible depuis votre espace service-public.fr. Il ne déclenche pas d'enquête sur votre dossier, mais il alimente les recoupements — et il vous fournit un récépissé que la banque peut demander.

La plainte reste utile même quand on vous explique qu'elle ne mènera à rien. Elle date les faits, elle est exigée par certains assureurs, et elle fait de vous une victime identifiée si le réseau tombe plus tard. Le détail des démarches est dans la fiche porter plainte après un piratage.

La banque refuse : les trois marches suivantes

  1. La réclamation écrite au service clientèle — pas au conseiller, au service réclamations, en recommandé. Rappelez les textes, joignez vos preuves, demandez une réponse motivée par écrit.
  2. Le médiateur bancaire. Gratuit, saisissable après une réclamation restée sans réponse satisfaisante (comptez deux mois). Ses coordonnées figurent sur vos relevés et sur le site de la banque. Il rend un avis ; beaucoup de dossiers se règlent là.
  3. Le signalement à l'autorité de contrôle (ACPR) et, si l'enjeu le justifie, le tribunal. C'est le moment où l'avis d'un avocat devient utile : à ce stade, ce n'est plus une question technique.

Ne vous laissez pas arrêter par un refus oral en agence. Beaucoup de dossiers se débloquent uniquement parce que le client a écrit, cité le texte et demandé une réponse motivée.

Ce qui vous protège la prochaine fois

Un plafond de paiement et de virement réglé au plus juste dans votre application. Des notifications activées sur chaque opération. Un virement vers un nouveau bénéficiaire qui passe par un délai de sécurité. Et la règle qui vaut tous les dispositifs : on ne valide jamais rien pendant un appel qu'on n'a pas passé soi-même. Une banque n'a jamais besoin que vous déplaciez votre argent ; si le compte doit être bloqué, elle le bloque.

Questions fréquentes

Combien de temps ai-je pour contester une opération ?

Treize mois à compter du débit pour une opération non autorisée effectuée dans l'Union européenne, soixante-dix jours au-delà. Mais le délai utile est bien plus court : signalez le jour même, par écrit. Un délai d'attente inexpliqué est le premier argument qu'une banque oppose.

Ma banque dit que j'ai été négligent, que faire ?

Demandez-lui par écrit de motiver ce refus et de préciser en quoi consiste la négligence reprochée. La preuve lui incombe. Le seul fait qu'une authentification ait été validée ne suffit pas : elle doit démontrer que vous avez sciemment communiqué vos données de sécurité.

J'ai moi-même fait le virement après un appel. C'est perdu ?

Pas automatiquement, mais c'est le cas le plus difficile. Demandez un recall dans l'heure, conservez la preuve du numéro affiché pendant l'appel, et faites valoir le défaut de vigilance de la banque si le montant ou la destination étaient inhabituels. Le médiateur reste la voie la plus accessible.

Faut-il prendre un avocat ?

Pas pour commencer. La réclamation écrite puis le médiateur sont gratuits et règlent une grande partie des dossiers. L'avocat devient utile si le montant est important et que le médiateur n'a rien obtenu.

Cette fiche décrit le cadre légal tel qu'il s'applique couramment ; elle ne remplace pas l'avis d'un professionnel du droit sur votre dossier. Mon métier s'arrête à la machine et aux comptes : comprendre par où c'est entré, refermer, et vous aider à constituer les preuves techniques que la banque va réclamer.

À lire aussi : l'arnaque au faux conseiller bancaire · porter plainte et signaler · le guide des arnaques.

EA

Étienne AubryTechnicien informatique au Mans depuis dix ans. Cette fiche vient de ce que je vois passer au téléphone, pas d'un manuel. En savoir plus.

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