Arnaque sur WhatsApp : que faire du message que vous venez de recevoir
Un numéro inconnu vous écrit : il dit être votre fils, un recruteur, un ami qui a besoin d'un code. Vous saurez trancher en trente secondes, signaler dans le bon ordre, et quoi faire si de l'argent est déjà parti.
↑ Ce conseil fait partie du guide : Arnaques & hameçonnage
Arnaque sur WhatsApp : que faire ?
Ne répondez pas et n'envoyez rien. Appelez le proche concerné sur son ancien numéro, celui qui est déjà dans votre répertoire. Signalez ensuite la conversation dans WhatsApp avant de la supprimer, bloquez le numéro et gardez des captures d'écran. Si de l'argent est parti, appelez votre banque le jour même.
- N'envoyez ni argent ni code.
- Appelez le proche sur son ancien numéro.
- Photographiez les messages avant toute suppression.
- Signalez la discussion, puis bloquez.
- Prévenez votre banque si un paiement est parti.
- Signalez le SMS de départ au 33700.
Cinq messages, cinq arnaques : reconnaître le vôtre
Sur WhatsApp, tout entre par la même porte : un numéro que vous n'avez pas enregistré peut vous écrire directement. Les messages que je vois sur les téléphones qu'on m'apporte au Mans se rangent presque toujours dans l'une de ces cinq familles.
- Le faux proche. « Maman, mon téléphone est cassé, voici mon nouveau numéro. » On vous demandera un virement dans la journée. C'est le scénario détaillé plus bas, et de loin le plus coûteux.
- Le code à six chiffres. Un ami vous écrit qu'il s'est trompé de numéro et vous prie de lui renvoyer le code reçu par SMS. Ce n'est pas votre argent qui est visé, c'est votre compte : voyez comment se reprend un compte WhatsApp piraté.
- Le petit boulot. Une « recruteuse » propose des tâches simples bien payées, puis réclame un RIB ou une recharge. Le mécanisme complet est dans la fiche fausse offre d'emploi.
- Le groupe d'investissement. Vous êtes ajouté sans rien demander à un groupe où tout le monde gagne. Voir l'arnaque au placement et aux cryptomonnaies.
- Le faux service client. Livraison, banque, opérateur : le même hameçonnage que par SMS, avec une photo de profil en plus. Voir le faux SMS de livraison.
Pourquoi les escrocs préfèrent cette application ? Parce qu'aucun filtre anti-spam d'opérateur ne s'y applique : un message frauduleux arrive intact, sans avertissement, là où le même texte serait retenu par la messagerie. L'expéditeur reste un simple numéro, il écrit gratuitement depuis n'importe quel pays, et la victime voit une photo de profil qui fait vrai. L'escroquerie n'est pas plus maligne qu'ailleurs ; elle est simplement mieux livrée.
Les quatre dernières ont déjà leur fiche sur ce site. La première n'en avait pas, et c'est celle qui vide les comptes de parents qui n'ont rien à se reprocher.
« Maman, j'ai changé de numéro » : le scénario mot à mot
L'escroquerie se déroule en trois temps, et elle commence rarement sur WhatsApp. Le premier message arrive par SMS, d'un numéro mobile français ordinaire. Les formulations relevées par cybermalveillance.gouv.fr sont presque toujours les mêmes :
- « Mon téléphone est cassé. C'est mon nouveau numéro »
- « Envoie moi un message via whatsapp »
- « J'ai perdu mon téléphone… Teste le sur Whatshapp »
Regardez la troisième de près : Whatshapp. L'apostrophe manque, le nom est mal orthographié. Ce n'est pas un message écrit pour vous ; c'est un message envoyé à des milliers de numéros, dont le vôtre. Personne ne sait comment s'appelle votre enfant : le texte évite soigneusement tout prénom, et c'est vous qui le donnerez en répondant « Léa ? ».
Deuxième temps, la conversation bascule sur WhatsApp. Le ton devient chaleureux, familier, pressé. On s'excuse de déranger, on demande des nouvelles, on glisse une contrainte : impossible d'appeler, « le micro ne marche plus », « je suis en cours », « je n'ai plus de forfait ». Cette phrase-là n'est pas un détail : elle existe uniquement pour vous empêcher de faire la seule vérification qui marche.
Dès qu'un message explique pourquoi vous ne pouvez pas appeler, considérez que c'est une arnaque jusqu'à preuve du contraire. Un enfant dont le téléphone est cassé emprunte celui d'un ami et vous appelle ; il ne vous interdit pas de l'entendre.
Troisième temps, la demande. Elle arrive en général le jour même, parfois le lendemain pour mieux installer la confiance : une facture à régler d'urgence, un téléphone à racheter, un ami à dépanner. Trois moyens de paiement reviennent :
- Le virement instantané, crédité en quelques secondes, nuit et week-end compris. C'est celui qu'on vous poussera à faire depuis votre application bancaire.
- Les coupons prépayés de type PCS ou Transcash, achetés en bureau de tabac : on vous demande de photographier le code inscrit au dos. Ce code est l'argent, et il est dépensé en quelques minutes.
- Votre carte bancaire, dont on réclame le numéro « juste pour valider une commande ».
Une variante vise les entreprises avec le même ressort, mais en se faisant passer pour le dirigeant : c'est l'arnaque au président.
Le test qui tranche en trente secondes
Il n'y a qu'une vérification à faire, et elle ne dépend d'aucun réglage.
- Appelez l'ancien numéro, celui qui est enregistré dans votre répertoire depuis des années. S'il sonne et qu'on décroche, l'affaire est close. S'il est réellement hors service, vous l'entendrez tout de suite : messagerie ou message d'opérateur.
- Appelez une deuxième personne. L'autre parent, un frère, un colocataire : en deux minutes, quelqu'un saura où se trouve votre proche.
- Posez une question dont seul l'intéressé a la réponse. Pas « comment je m'appelle ? » — ça se lit sur un réseau social. Plutôt « qu'est-ce qu'on a mangé dimanche dernier ? ». Un escroc répondra à côté ou changera de sujet.
- Ne vous fiez ni à la photo ni à la voix. Une photo de profil se récupère en trois clics, et un message vocal peut être réenregistré ou transféré depuis une autre conversation. Seul l'appel sur l'ancien numéro ne se contourne pas.
Un indicatif étranger sur un message qui prétend venir d'un proche resté en France est un signal, pas une preuve : un numéro français se loue aussi pour quelques euros. Et si c'est votre numéro qui sert à écrire à vos contacts, la situation est différente et se traite autrement : voir mon numéro est utilisé pour arnaquer.
Le code à six chiffres qu'un ami réclame
C'est l'autre message fréquent, et il ne vise pas votre porte-monnaie. Quelqu'un lance une inscription de WhatsApp avec votre numéro ; le SMS de confirmation — six chiffres, accompagnés d'une phrase qui demande de ne les communiquer à personne — arrive sur votre téléphone. Dans la minute, un « ami » vous écrit qu'il s'est trompé de numéro et vous prie de lui faire suivre ce code.
Si vous l'envoyez, votre compte bascule sur son téléphone, vous êtes déconnecté, et vos contacts reçoivent le même message signé de votre nom. Deux choses à retenir :
- Un code de vérification ne se transmet jamais, même à quelqu'un qu'on reconnaît. Aucun service légitime ne le réclame. Si vous en recevez un sans l'avoir demandé, la marche à suivre est dans j'ai reçu un code que je n'ai pas demandé.
- Quand le message vient du vrai compte d'un ami, ce n'est pas lui qui écrit : son compte est déjà pris. Ne l'accusez pas, appelez-le, et envoyez-lui la procédure pour reprendre son numéro.
La parade tient en un réglage : la vérification en deux étapes (Réglages → Compte → Vérification en deux étapes). Elle ajoute un code PIN personnel, sans lequel le seul SMS ne suffit plus à installer votre compte ailleurs. Le principe est le même que pour vos autres comptes : voir la double authentification, comment ça marche.
Signaler, bloquer, garder : les gestes dans l'ordre
L'ordre compte plus qu'on ne le croit, parce que chaque geste détruit la matière du suivant.
- Photographiez d'abord. Une capture de la conversation, et une du numéro complet tel qu'il s'affiche en haut de l'écran. C'est la pièce qu'on vous demandera au dépôt de plainte.
- Signalez la discussion dans WhatsApp. Ouvrez la conversation, touchez le nom ou le numéro en haut, descendez jusqu'à « Signaler ». WhatsApp reçoit alors les messages les plus récents de la discussion — les cinq derniers dans le cas d'un groupe.
- Cochez « bloquer » dans la même fenêtre. Le blocage seul n'envoie rien : il vous protège, il ne signale pas.
- Supprimez la discussion ensuite seulement, si vous y tenez. Une discussion effacée n'a plus rien à transmettre.
- Signalez le SMS de départ au 33700 (gratuit) s'il est bien arrivé par SMS : faites suivre le message à ce numéro, puis envoyez le numéro de l'expéditeur.
- Signalez la tentative sur Pharos (internet-signalement.gouv.fr) ou via 17Cyber. C'est ce qui permet de relier des dizaines de signalements au même escroc.
Info Escroqueries répond au 0 805 805 817 du lundi au vendredi, et France Victimes au 116 006 sept jours sur sept. Ils ne récupèrent pas l'argent, mais ils disent quoi faire et prennent le temps d'écouter — ce qui compte beaucoup le jour où l'on comprend.
Si de l'argent a été envoyé, ou si une pièce d'identité a circulé, le dépôt de plainte s'impose : la marche à suivre est dans porter plainte et signaler un piratage.
Si l'argent est déjà parti : les heures qui comptent
Je ne vais pas vous vendre un miracle : une fois la somme partie, la récupérer est incertain. Ce qui se joue dans les premières heures, c'est la trace, et elle conditionne tout le reste.
- Virement instantané : il est crédité en quelques secondes et l'émetteur ne peut pas l'annuler d'un clic. Votre banque ne peut qu'adresser une demande de retour de fonds à la banque du bénéficiaire, qui n'est pas tenue d'y donner suite. Appelez quand même le jour même, et demandez que votre déclaration soit écrite.
- Coupons PCS ou Transcash : appelez l'émetteur du coupon sans attendre, gardez le ticket et le reçu de caisse. Si le code a été photographié, il est presque toujours déjà dépensé.
- Carte bancaire : opposition immédiate, puis signalement sur Perceval. Les délais et les cas de refus sont détaillés dans se faire rembourser par sa banque après une arnaque.
Déposez plainte le jour même : la date du dépôt est ce qui date officiellement les faits, et c'est elle qu'on vous opposera plus tard. Et s'il arrive que votre banque restreigne ou ferme votre compte dans la foulée — cela se produit quand des fonds douteux ont transité — la marche à suivre est dans ma banque a bloqué mon compte après une fraude.
Ce qui ne sert à rien, et ce qui aggrave
- Faire suivre l'alerte à tous vos contacts. « Attention, nouvelle arnaque WhatsApp, prévenez vos proches » a exactement la forme d'un message de masse, et personne ne la lit vraiment. Appelez plutôt les deux ou trois personnes réellement concernées.
- Répondre pour « lui faire perdre son temps ». Chaque réponse confirme que le numéro est actif et lu : il sera recontacté, et revendu.
- Le 33700 pour un message WhatsApp. Cette plateforme traite les spams par SMS et le démarchage téléphonique. Un message WhatsApp passe par les données mobiles, pas par le réseau SMS : il n'y arrive pas. Le SMS de départ, lui, s'y signale très bien.
- Installer un antivirus dans la panique. Rien n'a été installé sur votre téléphone : il n'y a rien à désinfecter. Les vrais signes d'un appareil compromis sont listés dans mon téléphone Android est-il infecté ?
- Changer de numéro. Disproportionné dans la grande majorité des cas. Cela ne se justifie que si votre ligne elle-même est détournée : voir plus de réseau sur le téléphone.
Les quatre réglages qui ferment la porte
Cinq minutes dans les paramètres de WhatsApp, une fois pour toutes.
- Vérification en deux étapes (Réglages → Compte) : un code PIN à six chiffres, noté ailleurs que dans le téléphone. C'est le réglage le plus utile de tous.
- Photo de profil visible par « Mes contacts » (Réglages → Confidentialité) : votre portrait ne sert plus à fabriquer un faux profil à votre nom.
- « Qui peut m'ajouter à des groupes » : Mes contacts. Cela coupe net les ajouts sauvages dans les groupes de placement.
- Faire taire les appels d'inconnus (Réglages → Confidentialité → Appels) : ils ne sonnent plus et restent dans le journal, consultables à tête reposée.
Et un cinquième qui ne dépend d'aucun menu : convenez d'un mot en famille. Un mot banal, décidé à voix haute, jamais écrit nulle part. Le jour où un message réclame de l'argent en urgence, la question « c'est quoi le mot ? » règle l'affaire en une seconde. Le même réflexe vaut pour les plus jeunes, avec les réglages de la sécurité en ligne des enfants.
Si vous préférez qu'on regarde ensemble la conversation, les appareils liés et les réglages du compte, une assistance à distance de 30 minutes suffit largement. Le diagnostic préalable au téléphone dure 15 minutes et ne coûte rien ; les prix sont affichés sur la page tarifs, et vous pouvez aussi décrire la situation par écrit.
Questions fréquentes
Mon téléphone est-il infecté si j'ai seulement ouvert le message ?
Non. Lire un message WhatsApp n'installe rien. Le danger commence si vous répondez, si vous ouvrez un lien et y saisissez des informations, ou si vous installez une application proposée dans la conversation. Ouvrir puis refermer la discussion ne laisse aucune trace sur l'appareil.
J'ai répondu, mais je n'ai rien envoyé. Que se passe-t-il ?
Votre numéro est désormais marqué comme actif : attendez-vous à d'autres tentatives, parfois sous un autre prétexte. Bloquez, signalez, ne répondez plus. Aucune donnée n'a été prise : une réponse seule ne donne accès ni à votre compte ni à votre banque.
Le message vient du vrai compte d'un ami, que dois-je faire ?
C'est son compte qui est pris, ce n'est pas lui qui écrit. Appelez-le sur son numéro habituel pour l'avertir, ne répondez rien dans la conversation et ne transmettez aucun code. Il reprendra la main en réinstallant WhatsApp avec son propre numéro.
Puis-je récupérer un virement instantané parti par erreur ?
Rien n'est garanti. L'émetteur ne peut pas l'annuler ; seule une demande de retour de fonds entre banques peut aboutir, et la banque du bénéficiaire n'est pas obligée d'y répondre. Appelez votre conseiller le jour même et faites consigner votre déclaration par écrit.
Faut-il porter plainte si je n'ai rien perdu ?
Un signalement sur Pharos suffit dans ce cas, et il est utile : c'est le recoupement des signalements qui identifie les réseaux. La plainte devient nécessaire dès qu'il y a une perte d'argent, un document d'identité transmis, ou l'usurpation du nom d'un proche.
Comment savoir si mon compte WhatsApp est lu ailleurs ?
Ouvrez Réglages puis « Appareils liés » : la liste montre chaque navigateur et chaque ordinateur connecté, avec la date de dernière activité. Déconnectez tout ce que vous ne reconnaissez pas, puis activez la vérification en deux étapes dans la foulée.
Sources
- Cybermalveillance.gouv.fr — escroquerie à l'enfant qui a un problème avec son téléphone (déroulé en trois temps, formulations relevées, coupons PCS et Transcash, numéros d'aide).
- WhatsApp — à propos du signalement et du blocage (ce que le signalement transmet, et les cinq derniers messages dans le cas d'un groupe).
- 33700 — plateforme de lutte contre les spams SMS et le démarchage téléphonique (périmètre exact du service).
- Pharos — signalement des contenus et comportements illicites (ministère de l'Intérieur).
À lire aussi : compte WhatsApp piraté · l'arnaque au faux conseiller bancaire · le guide arnaques & hameçonnage.
Étienne AubryTechnicien informatique au Mans depuis dix ans. Cette fiche vient des appels de parents qui avaient reçu « Maman, j'ai changé de numéro » et qui, pour beaucoup, avaient déjà envoyé l'argent avant de décrocher leur téléphone. En savoir plus.
Un message qui réclame de l'argent, et vous n'êtes pas sûr ?
Diagnostic gratuit au téléphone (15 minutes) : on lit ensemble la conversation, on tranche entre le vrai proche et l'escroc, et on liste ce que vous direz à votre banque. Assistance à distance dès 19 € la demi-heure pour vérifier le compte et les appareils liés, intervention au Mans dès 49 €.