↑ Ce conseil fait partie du guide : Arnaques et hameçonnage
On ne valide rien pendant un appel entrant : ni un code reçu par SMS, ni une notification dans l'application bancaire, ni une demande d'identification. On raccroche, et on rappelle soi-même le numéro figurant au dos de sa carte ou sur son relevé.
Pourquoi cette arnaque fonctionne si bien
Le faux conseiller ne vous demande pas d'envoyer de l'argent. Il vous appelle pour vous en protéger : un virement suspect serait en cours sur votre compte, il faut agir tout de suite pour l'annuler. Vous n'êtes pas en train de céder à la cupidité, vous êtes en train d'être prudent — c'est exactement ce qui rend l'arnaque redoutable.
Elle vise aussi bien des personnes âgées que des cadres à l'aise avec la technique. Les sommes concernées sont souvent très élevées, parce que l'objectif n'est pas un petit paiement mais un virement ou une série de virements. Et l'interlocuteur est bon : calme, pédagogue, il vous félicite même d'avoir posé des questions.
Ce qui doit vous alerter, ce n'est donc pas le ton — il est parfait — mais la demande : toute validation pendant un appel entrant.
Le déroulé, minute par minute
- L'amorce. Parfois un SMS quelques minutes avant (« opération de 1 290 € en attente »), pour que l'appel arrive sur un terrain déjà inquiet.
- La mise en confiance. L'interlocuteur cite votre nom, votre agence, parfois vos derniers achats. Ces informations viennent d'une fuite de données ou d'un hameçonnage antérieur, pas d'un accès à votre compte.
- L'urgence. « Le virement part dans huit minutes, nous devons le bloquer ensemble. » Vous n'avez plus le temps de réfléchir, c'est voulu.
- La demande de validation. Un code SMS à lire, ou une notification à confirmer dans l'application « pour annuler l'opération ». En réalité, cette validation autorise le virement, ou enregistre un nouveau bénéficiaire.
- La sortie. « Un collègue vous rappellera », et personne ne rappelle. Parfois, une seconde vague se présente comme le service fraude pour « récupérer » l'argent perdu : c'est la même équipe.
Le numéro affiché ne prouve rien
Le point qui fait basculer beaucoup de victimes : sur l'écran s'affiche le vrai numéro de l'agence, parfois même enregistré dans le répertoire sous le nom du conseiller. L'affichage du numéro appelant se falsifie : c'est une donnée transmise par l'appelant, comme le nom au dos d'une enveloppe.
La réglementation française impose depuis peu aux opérateurs de filtrer une partie de ces appels falsifiés, ce qui en fait reculer le volume, mais aucun filtre n'est parfait. Retenez la règle : un numéro affiché n'est jamais une preuve d'identité. Seul un appel que vous passez vers un numéro que vous connaissez l'est.
Les variantes du même scénario
Le canevas — un interlocuteur crédible, une urgence, une validation — se décline sous plusieurs habits. Les reconnaître, c'est reconnaître l'arnaque avant la fin de la première phrase.
- Le faux service fraude : il vous demande de « mettre vos fonds en sécurité » en les virant sur un compte d'attente. Aucune banque ne procède ainsi : elle bloque le compte, elle ne déplace jamais votre argent ailleurs.
- Le faux policier ou le faux agent des impôts, qui annonce une enquête et exige la discrétion. La demande de secret vis-à-vis de vos proches est en soi un signal d'alarme.
- La remise de carte à un coursier : on vous demande de découper ou de remettre votre carte à une personne qui passe la récupérer, parfois avec le code. Personne ne vient jamais chercher une carte bancaire à domicile.
- La prise en main de l'ordinateur : l'interlocuteur vous fait installer un logiciel « de sécurité » pour « voir l'opération suspecte ». C'est le même mécanisme que le faux support technique, et il faut ensuite traiter la machine.
- Le faux recours : quelques semaines plus tard, une « société de recouvrement de fonds » promet de récupérer l'argent perdu contre des frais. C'est la seconde vague, souvent la même équipe.
La phrase qui coupe court
Il n'est pas nécessaire d'être désagréable, ni de démasquer qui que ce soit. Une phrase suffit :
« Je ne valide rien au téléphone. Je raccroche et je rappelle ma banque au numéro de ma carte. Si c'est un vrai problème, il sera toujours là dans cinq minutes. »
Un vrai conseiller vous approuvera ; c'est même la consigne que les banques donnent. Un faux insistera, vous dira que la ligne est sécurisée ou que le temps manque : cette insistance est la signature.
Détail pratique : raccrochez vraiment, et si possible rappelez depuis un autre téléphone, ou attendez une minute. Une vieille ficelle consiste à rester en ligne pour vous faire croire que vous avez obtenu le standard de votre banque.
Si vous avez validé quelque chose
Chaque minute compte, et la nuit ou le week-end ne changent rien : les numéros d'opposition fonctionnent en permanence.
- Appelez votre banque au numéro officiel et demandez le blocage des opérations en cours et le gel des virements sortants.
- Faites opposition sur la carte et changez vos identifiants d'accès à la banque en ligne, depuis un autre appareil si le vôtre a été manipulé.
- Déposez plainte sans attendre : c'est indispensable pour la suite, et cela accélère les demandes de rappel de fonds auprès de la banque destinataire.
- Signalez sur Pharos, et Perceval si une carte est concernée.
- Écrivez à votre banque (lettre recommandée ou messagerie sécurisée) en contestant les opérations : la trace écrite datée compte autant que l'appel.
Se faire rembourser : ce que dit la règle
En droit français, une opération de paiement non autorisée doit être remboursée par la banque, qui ne peut s'y soustraire qu'en démontrant une négligence grave de votre part. Les tribunaux ont plusieurs fois retenu que le client trompé par un faux conseiller utilisant un numéro falsifié n'était pas nécessairement négligent.
En pratique : contestez par écrit, joignez le dépôt de plainte, gardez l'historique des appels et des SMS. Si la banque refuse, deux recours existent : le médiateur bancaire (gratuit, coordonnées sur vos relevés) puis, le cas échéant, la voie judiciaire.
Ne vous laissez pas décourager par un premier refus de guichet : le dossier écrit change souvent la réponse. Et méfiez-vous des « sociétés de récupération de fonds » qui apparaissent ensuite : c'est une seconde arnaque qui vise les victimes de la première, comme les faux supports techniques.
Préparer ses proches
Cette arnaque cible beaucoup les personnes seules et âgées. Une conversation de cinq minutes, avant l'incident, protège mieux que n'importe quel logiciel :
- Convenir d'une règle simple et non négociable : on ne valide jamais rien au téléphone.
- Coller le numéro de la banque près du téléphone fixe — celui du relevé, pas celui d'un appel reçu.
- Dire que l'on peut appeler un proche pendant l'appel douteux : c'est permis, et c'est même la meilleure réaction.
- Prévenir qu'une banque ne se vexe jamais d'un rappel de vérification.
Après l'appel, vérifier ses comptes
Même si vous n'avez rien validé, l'appel signifie que vos données circulent. Trois vérifications valent la peine :
- La liste des bénéficiaires enregistrés dans votre banque en ligne : supprimez tout ce que vous ne reconnaissez pas.
- Les plafonds de virement, parfois relevés à votre insu : remettez-les au niveau habituel.
- Votre messagerie : une règle de transfert cachée sert à intercepter les mails de la banque. Le repérage est décrit dans compte en ligne piraté.
Si l'appel a été suivi d'une prise en main de votre ordinateur — le fraudeur vous fait installer un logiciel « de sécurité » —, il faut aller plus loin : voyez mon ordinateur a été piraté et faites faire un nettoyage. Un appel de quinze minutes suffit souvent à savoir lequel des deux cas vous concerne ; les tarifs sont publics, sans surprise.
Questions fréquentes
Ma banque peut-elle m'appeler pour un virement suspect ?
Oui, cela arrive. Mais elle ne vous demandera jamais de valider un code ou une notification pendant cet appel. Le bon réflexe reste identique : raccrocher et rappeler le numéro officiel.
Le numéro affiché était bien celui de mon agence, comment est-ce possible ?
L'affichage du numéro appelant peut être falsifié. Les opérateurs filtrent une partie de ces appels, mais pas tous : un numéro affiché ne prouve jamais l'identité de l'appelant.
La banque refuse de me rembourser, que faire ?
Contestez par écrit avec votre dépôt de plainte, puis saisissez le médiateur bancaire dont les coordonnées figurent sur vos relevés. Le recours est gratuit et change souvent l'issue du dossier.
On me demande de virer mon argent sur un « compte sécurisé », est-ce possible ?
Non, jamais. Une banque qui suspecte une fraude bloque les opérations sur votre compte ; elle ne vous demande pas de déplacer vos fonds ailleurs. Cette phrase, à elle seule, identifie l'arnaque.
À lire aussi : le guide des arnaques et de l'hameçonnage · l'arnaque au faux support technique.
Étienne AubryTechnicien informatique au Mans depuis dix ans. Cette fiche vient de ce que je vois passer au téléphone, pas d'un manuel. En savoir plus.
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