Comment savoir si quelqu'un utilise mes photos sur internet
Un inconnu vous demande si c'est bien vous sur cette photo, ou une amie reçoit une invitation à votre nom. Vous saurez retrouver où vos photos circulent, faire supprimer le compte, et ce que la recherche d'image ne verra jamais.
↑ Ce conseil fait partie du guide : Arnaques & hameçonnage
Comment savoir si quelqu'un utilise mes photos ?
Faites une recherche d'image inversée avec votre photo de profil : Google Lens, Bing, Yandex et TinEye indiquent gratuitement où elle réapparaît. Aucun de ces outils ne voit les profils cachés derrière une connexion, comme Tinder ou Messenger. Signalez ensuite le compte à la plateforme, et gardez des captures d'écran datées.
- Lancez une recherche d'image avec votre photo.
- Notez l'adresse exacte de chaque profil trouvé.
- Photographiez tout avant que ça disparaisse.
- Signalez le compte depuis la plateforme concernée.
- Prévenez vos proches du faux compte.
- Déposez plainte si votre nom est utilisé.
Comment on l'apprend : les cinq signaux
Presque personne ne découvre ça en cherchant. Le signal arrive tout seul, et rarement là où on l'attend.
Une seule photo suffit. Un portrait net, de face, sert à monter un faux profil, à illustrer une annonce, ou à donner un visage à une conversation qui finira par réclamer de l'argent. Personne n'a eu besoin d'entrer dans votre compte pour la prendre : une image publique s'enregistre d'un clic droit, et elle reste lisible longtemps après que vous l'avez retirée.
- Un inconnu vous écrit pour demander si c'est bien vous sur la photo. Il a un doute, il vérifie. C'est le meilleur des cas : vous êtes prévenu tôt.
- Une amie reçoit une invitation d'un profil à votre nom, alors que vous êtes déjà dans sa liste. Elle vous appelle. C'est le signal le plus fréquent.
- Quelqu'un vous accuse de l'avoir escroqué. Cette personne a envoyé de l'argent à un profil qui portait votre visage, puis elle vous a retrouvé. Le ton est dur, et en face il y a une victime, pas un escroc.
- Vous tombez sur une annonce — Leboncoin, Vinted, Marketplace — qui reprend vos photos d'objet, cadrage compris, souvent à un prix plus bas que le vôtre.
- La plateforme vous écrit, beaucoup plus rarement, au sujet d'un profil qui reprend votre photo.
Ce qui arrive à l'atelier, c'est presque toujours la capture d'écran envoyée par un proche, jamais un résultat de recherche. Une fois le doute installé, on vérifie soi-même : c'est gratuit et ça prend un quart d'heure.
Les quatre recherches d'image, dans l'ordre
On appelle ça une recherche d'image inversée : au lieu de taper des mots, vous donnez une photo au moteur, et il vous montre où elle apparaît ailleurs. Réunissez d'abord deux ou trois fichiers : votre photo de profil actuelle, la précédente (elle reste visible dans l'album « Photos de profil » de Facebook), et une photo de vous qui a beaucoup circulé.
- Google Lens. Sur ordinateur, dans Chrome : clic droit sur l'image, puis « Rechercher l'image avec Google ». Sinon, ouvrez images.google.com et ouvrez l'icône d'appareil photo dans le champ de recherche, puis « Importer un fichier ». Sur téléphone, appui long sur l'image, puis « Rechercher avec Google Lens ». C'est le plus large : il retrouve aussi les versions recadrées et retouchées.
- Bing. Allez sur bing.com/images et ouvrez la même icône d'appareil photo. Son index n'est pas celui de Google : il sort régulièrement des forums et des petits sites que Google ne montre pas.
- Yandex. yandex.com/images, même principe. C'est le meilleur sur les visages : il rapproche deux photos différentes de la même personne, là où les autres cherchent la même image. C'est celui qui fait ressortir les profils de sites de rencontre étrangers.
- TinEye. tineye.com, on y glisse le fichier. Lui ne cherche pas « une image qui ressemble », mais exactement celle-là, y compris recadrée ou en miroir. Son intérêt tient dans un réglage : le tri par ancienneté (« Oldest »), qui montre la première publication connue. C'est souvent là qu'on comprend où la photo a été prise.
Comptez dix minutes pour les quatre. Aucun n'est payant et aucun ne demande de créer un identifiant. Recommencez ensuite avec chaque photo : une recherche d'image inversée ne vaut que pour l'image qu'on lui donne, et c'est souvent une vieille photo de vacances, pas le portrait du moment, qui a été reprise.
Des services comme PimEyes cherchent un visage et non une image : ils trouvent parfois ce que les quatre autres ratent. Deux réserves. Ils sont payants au-delà de quelques essais, et vous y déposez une donnée biométrique — la vôtre. À garder pour le cas où les recherches gratuites n'ont rien donné et où vous avez une raison sérieuse de chercher plus loin.
Ce que la recherche d'image ne trouvera jamais
C'est le point que les pages sur le sujet passent sous silence, et c'est le plus utile : un moteur ne voit que ce qui est public.
- Un profil Tinder, Badoo ou Grindr ; un profil réglé en privé ; une conversation Messenger, WhatsApp ou Snapchat. Rien de tout cela n'est indexé. Or c'est exactement là que vivent les faux profils.
- Un profil créé il y a trois semaines et supprimé dans un mois n'a souvent jamais été exploré par un moteur d'images.
- Une photo passée dans un filtre, retournée en miroir, recadrée serré ou régénérée par une intelligence artificielle échappe à TinEye. Google Lens et Yandex s'en sortent mieux, pas toujours.
Autrement dit : « je n'ai rien trouvé » ne veut pas dire « rien n'existe ». Cela veut dire « rien de public ».
Un faux profil bloque presque toujours la personne qu'il copie, pour qu'elle ne le voie jamais. Vous pouvez chercher votre nom dans Facebook pendant des heures : il n'apparaîtra pas. Demandez à deux proches de chercher votre nom depuis leur compte, et refaites la recherche vous-même déconnecté, dans une fenêtre de navigation privée. Ces trois regards ne voient pas la même chose.
Vos photos, quatre situations, quatre démarches
- Vos photos et votre nom. C'est une usurpation d'identité. Le faux profil écrit à vos proches, leur demande de l'argent, parfois un code reçu par SMS. Les démarches complètes sont dans usurpation d'identité : les démarches, dans l'ordre.
- Vos photos sous un autre nom. Vous n'êtes pas la cible, vous êtes le décor d'une arnaque sentimentale. L'escroc avait besoin d'un visage crédible, il a pris le vôtre. Ses victimes finissent par vous retrouver : préparez une réponse courte et factuelle, elle vous évitera dix conversations pénibles.
- Vos photos d'annonce recopiées. On revend votre objet avec vos images, moins cher, et l'acheteur ne reçoit rien. Signalement depuis l'annonce, et filigrane discret sur les suivantes. Si c'est votre compte marchand qui est en cause, voyez un compte Leboncoin piraté.
- Vos photos sur un site, dans une publicité ou un article. Là, il ne s'agit plus d'un faux profil mais du droit à l'image : on écrit à l'éditeur du site, puis à son hébergeur si rien ne bouge.
Faire supprimer le faux profil : le chemin exact
Capturez d'abord, signalez ensuite. Un faux profil signalé peut disparaître dans l'heure, et la preuve avec lui : photos, pseudonyme, adresse de la page.
- Facebook : ouvrez le profil, les trois points « … » sous la photo de couverture, puis « Signaler le profil », « Il se fait passer pour quelqu'un », « Moi ». Si vous n'avez pas de compte Facebook, un formulaire d'usurpation existe dans les pages d'aide et demande une pièce d'identité.
- Instagram : les trois points en haut du profil, « Signaler », « Ce compte », « Il se fait passer pour quelqu'un », « Moi ».
- TikTok, Snapchat, LinkedIn, X : la catégorie existe partout sous le mot « usurpation d'identité ». Ne choisissez pas « spam » : ce n'est pas la même file d'attente.
- Leboncoin, Vinted : le signalement part de l'annonce, motif « annonce frauduleuse », en joignant le lien de votre propre annonce.
Ce qui accélère, d'après les dossiers qu'on m'apporte : plusieurs signalements venant de comptes différents le même jour, la bonne catégorie, et une pièce d'identité déjà prête. Marquez cette copie : écrivez par-dessus « copie remise à [plateforme] le [date] ». C'est la recommandation de cybermalveillance.gouv.fr, et cela évite que votre pièce serve ailleurs.
Ce qui n'accélère rien : mobiliser trente personnes pour signaler en masse. Les plateformes repèrent les campagnes et les traitent plus lentement, pas plus vite. Comptez de quelques heures à plusieurs semaines, et relancez si rien ne bouge.
Effacer la photo des résultats Google : ce qui marche
Un point que presque personne ne dit clairement : faire retirer un lien de Google ne supprime pas la page. Le déréférencement enlève l'adresse de l'index du moteur en Europe. La photo, elle, reste en ligne et reste accessible à qui possède le lien.
D'où l'ordre à respecter :
- Obtenir la suppression à la source : la plateforme, l'éditeur du site, sinon son hébergeur.
- Puis demander le déréférencement à Google, par le formulaire européen de suppression au titre de la protection des données. C'est gratuit, cela prend quelques semaines, et un refus doit être motivé : la CNIL peut ensuite être saisie.
L'outil « Résultats vous concernant » de Google, lui, ne traite que les coordonnées : téléphone, adresse postale, adresse mail. Il ne retire pas une photo.
Enfin, les services payants de « nettoyage de réputation » remplissent ces mêmes formulaires gratuits. Vous pouvez le faire vous-même en un quart d'heure.
Les preuves à garder, et quand ça devient une plainte
- Une capture d'écran complète, prise depuis un ordinateur, avec l'adresse visible dans la barre du navigateur. Sur téléphone, la capture ne montre pas l'adresse, et elle vaut beaucoup moins.
- L'identifiant du profil : le pseudonyme précédé de l'arobase, et le numéro qui figure dans l'adresse de la page. Le pseudonyme change, ce numéro non.
- Les messages envoyés à vos proches : demandez-leur une capture avec la date.
- La date et l'heure auxquelles vous avez découvert le profil, et la photo exacte qu'il utilise.
Sur le plan pénal, l'usurpation d'identité relève de l'article 226-4-1 du code pénal : un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende, et les mêmes peines lorsque les faits sont commis sur un réseau de communication en ligne. La plainte se dépose dans n'importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie ; le parcours est détaillé dans porter plainte et signaler les faits, et si l'affaire n'aboutit pas, dans les recours après un classement sans suite.
Deux numéros gratuits, peu connus : France Victimes au 116 006, sept jours sur sept, et Info Escroqueries au 0 805 805 817. Pour un simple signalement, sans plainte, il y a Pharos.
Ce qui ne sert à rien
- Publier « attention, faux compte à mon nom » et s'arrêter là. C'est utile à vos proches, ça n'a aucun effet sur le faux profil ni sur vos photos.
- Écrire au faux profil. Vous confirmez que la personne copiée est active, et vous vous faites bloquer : vous perdez la seule fenêtre que vous aviez.
- Payer quelqu'un qui promet de le faire supprimer : c'est l'arnaque qui suit l'arnaque, comme ces « hackers » qui proposent de récupérer un compte.
- Supprimer toutes vos photos. Les copies sont déjà faites. C'est utile pour la suite, sans effet sur le passé.
- Changer vos identifiants. Vos photos étaient publiques : rien n'a été forcé, donc rien ne se referme. C'est différent si votre propre profil a été pris, et c'est alors une autre histoire : un compte Facebook piraté.
Protéger ses photos : ce qui limite la casse
- Votre photo de profil et votre photo de couverture sont publiques, même quand votre compte ne l'est pas. Facebook propose une « protection de la photo de profil » qui empêche le téléchargement et la capture depuis son application mobile.
- Masquez votre liste d'amis. C'est elle qui permet de reconstituer votre entourage et de lui écrire. Sans elle, un faux profil n'a personne à qui parler.
- Vérifiez ce qui est visible : déconnectez-vous, ouvrez une fenêtre de navigation privée, cherchez votre nom et regardez ce qui s'affiche.
- Pour les enfants, un visage net et de face est ce qui se réutilise le mieux ; les réglages utiles sont dans enfants et jeux en ligne.
- Pour vos annonces, un filigrane discret ou un détail reconnaissable dans le cadre rendent la photo inutilisable par un revendeur.
Si vous voulez qu'on regarde ensemble ce que vos comptes exposent et ce qui circule à votre nom, l'assistance à distance se fait par partage d'écran, sans rien installer sur votre ordinateur.
Questions fréquentes
Puis-je savoir qui se cache derrière le faux profil ?
Pas par vous-même. Une plateforme ne communique l'adresse mail ni l'adresse IP d'un compte que sur réquisition judiciaire, c'est-à-dire après une plainte. Ce qui reste lisible de votre côté, ce sont les traces laissées dans vos propres connexions : les cinq traces qu'un intrus laisse derrière lui.
Le faux profil a été supprimé : faut-il quand même porter plainte ?
Oui si des messages ont été envoyés en votre nom ou de l'argent demandé à vos proches. Le profil disparaît, pas les faits : vos captures d'écran et les témoignages de vos proches restent exploitables, et un dépôt de plainte peut être rapproché d'autres dossiers.
Une photo publiée il y a dix ans peut-elle encore ressortir ?
Oui. Une image publiée publiquement a pu être copiée, republiée et indexée par des dizaines de sites. C'est ce que montre le tri par ancienneté de TinEye : la première publication connue est souvent bien plus vieille que le faux profil qui vous inquiète.
Mon profil est intact, comment ont-ils eu mes photos ?
Il n'y a rien eu à forcer. La photo de profil, la photo de couverture et toutes les images publiées en public s'enregistrent d'un clic droit, puis se réutilisent ailleurs. C'est aussi pour cela qu'aucun réglage de sécurité ne fait revenir en arrière : la copie est déjà partie.
Combien de temps faut-il pour faire supprimer un faux profil ?
De quelques heures à plusieurs semaines, selon la plateforme et selon la catégorie choisie au signalement. Relancez au bout d'une semaine, en joignant votre pièce d'identité marquée et, si vous l'avez, le récépissé de plainte : c'est le document qui débloque le plus souvent les dossiers.
Sources
- Cybermalveillance.gouv.fr — usurpation d'identité, que faire ? (article 226-4-1 du code pénal, marquage des copies de pièce d'identité, numéros 116 006 et 0 805 805 817).
- Service-Public.fr — droit à l'image et respect de la vie privée (ce que vous pouvez exiger quand votre photo est publiée sans accord).
- Google — rechercher avec une image (les chemins exacts sur ordinateur et sur téléphone).
- Google — demande de suppression au titre de la législation européenne sur les données (formulaire de déréférencement, gratuit).
- CNIL — le droit au déréférencement (ce que le déréférencement fait, et ce qu'il ne fait pas).
- Pharos — signalement des contenus illicites (ministère de l'Intérieur).
À lire aussi : usurpation d'identité · l'arnaque sentimentale · le guide arnaques & hameçonnage.
Étienne AubryTechnicien informatique au Mans depuis dix ans. Cette fiche vient des personnes qui arrivent avec une capture d'écran envoyée par une amie, et cette phrase : « il y a un compte avec mes photos, et je ne sais pas quoi faire. » En savoir plus.
Un compte utilise vos photos et vous ne savez pas par où commencer ?
Diagnostic gratuit au téléphone (15 minutes) : on regarde ensemble ce qui circule, on prend les captures qui serviront à la plainte et on choisit la bonne catégorie de signalement. Assistance à distance dès 19 € la demi-heure pour vérifier ce que vos comptes exposent, intervention au Mans dès 49 €.