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Fiche pratique

Déposer une plainte en ligne pour escroquerie : le bon guichet

Le portail du ministère de l'Intérieur héberge trois formulaires de plainte différents, et le mauvais choix coûte une semaine. Vous saurez lequel vous concerne, ce que Thésée accepte exactement, ce qu'il refuse, et quelles pièces réunir avant d'ouvrir le formulaire.

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↑ Ce conseil fait partie du guide : Démarches, recours, remboursement

Comment déposer une plainte en ligne pour escroquerie ?

Par Thésée, le guichet du ministère de l'Intérieur réservé aux arnaques commises sur Internet : faux site de vente, faux acheteur, chantage, rançongiciel, piratage de messagerie. Il faut être majeur, s'identifier par FranceConnect et fournir l'IBAN qui a servi au paiement. Les autres escroqueries passent par un second formulaire.

  1. Vérifiez que l'arnaque relève bien de Thésée.
  2. Réunissez l'IBAN du paiement et vos captures.
  3. Authentifiez-vous par FranceConnect.
  4. Remplissez le formulaire, joignez les pièces.
  5. Gardez le récépissé pour la banque.

Trois guichets de plainte en ligne, et un seul est le vôtre

Le portail masecurite.interieur.gouv.fr n'héberge pas un formulaire de dépôt de plainte, mais trois. Le tri se fait sur un critère que personne n'explique en page d'accueil : l'escroquerie a-t-elle été commise sur Internet ou non ? C'est lui qui décide du guichet, et la première cause de rejet.

Illustration : un formulaire de plainte ouvert à l'écran, à côté d'un relevé bancaire annoté
Le portail du ministère héberge trois formulaires différents : c'est le lieu de l'escroquerie, en ligne ou non, qui décide lequel vous concerne.
  • Thésée — « traitement harmonisé des enquêtes et signalements pour les e-escroqueries », ouvert depuis le 15 mars 2022. Réservé aux arnaques commises en ligne, sur une liste fermée de situations. C'est votre guichet si l'argent est parti après un échange sur un site, une application ou une messagerie.
  • La plainte en ligne — le formulaire généraliste. Il traite les atteintes aux biens dont l'auteur est inconnu : vols, dégradations, abus de confiance, extorsions et chantages, et les escroqueries hors Internet. Un faux démarcheur venu sonner à votre porte relève de celui-là, pas de Thésée.
  • Visioplainte — un rendez-vous en visioconférence avec un policier ou un gendarme. Il couvre un champ plus large, atteintes aux biens comme aux personnes, mais n'est pas ouvert partout.

Un point à connaître avant de commencer : aucun de ces trois téléservices n'est obligatoire. Le guichet physique reste ouvert, et n'importe lequel, pas seulement celui de votre domicile.

Une quatrième voie existe, mais elle n'est pas en ligne : la plainte par courrier au procureur de la République du tribunal judiciaire — l'ancien tribunal de grande instance — du lieu des faits. En recommandé avec accusé de réception : c'est lui qui datera le dépôt. La fiche où porter plainte après un piratage en donne le contenu.

Le test en une question

L'escroc et vous n'avez jamais été dans la même pièce ? Alors c'est Thésée. Vous l'avez vu, il est venu chez vous, vous lui avez remis l'argent en main propre ? Alors c'est le formulaire généraliste, ou le commissariat. Le lieu de la rencontre compte plus que le moyen de paiement.

Thésée : la liste exacte de ce qu'il accepte

La liste n'est pas indicative, elle est fermée. Le ministère de l'Intérieur énumère : « le piratage de comptes (messagerie électronique ou réseaux sociaux) », « le faux acheteur, faux vendeur, fausse location », « le chantage en ligne avec demande d'argent », « la demande de rançon pour débloquer un ordinateur » et les faux sites de vente, auxquels s'ajoutent les escroqueries sentimentales.

En situations réelles, cela donne :

  • Votre annonce sur une plateforme de petites annonces a attiré un faux acheteur, et vous avez reçu un lien de « validation du paiement » qui a vidé votre compte.
  • Vous avez réglé un appartement de vacances qui n'existait pas : la fausse location et la fausse billetterie entrent dans la même case.
  • Votre boîte mail ou votre réseau social a été pris, et il a servi à réclamer de l'argent à vos contacts.
  • Un fichier chiffré et une demande de rançon : c'est la ligne « rançongiciel », et la fiche rançongiciel détaille ce qu'il faut sauvegarder avant de toucher à la machine.
  • Des photos intimes et une demande d'argent pour ne pas les diffuser : c'est le chantage en ligne, et il est explicitement dans la liste.

Dans presque tous ces cas, la porte d'entrée est la même : un e-mail d'hameçonnage — faux message de la banque, du transporteur ou des impôts — qui a récupéré vos identifiants ou vos coordonnées bancaires. Ce mail est une pièce du dossier : gardez-le avec ses en-têtes, et signalez-le en plus de la plainte.

Deux conditions éliminent beaucoup de monde. Le dispositif est réservé aux personnes physiques majeures : ni mineur, ni entreprise, ni association. Et les escroqueries aux faux investissements — placements, cryptomonnaies, trading — sont expressément renvoyées au commissariat, alors que tout s'y passe en ligne.

Thésée propose aussi un signalement, qui n'est pas une plainte : anonyme, il n'ouvre aucune procédure à votre nom. C'est le bon geste quand vous avez repéré l'arnaque à temps. Qui a payé doit porter plainte : le dépôt seul donne un récépissé, et c'est ce document que la banque et l'assureur réclameront.

Ce qu'il faut préparer avant d'ouvrir le formulaire

Rassemblez tout dans un dossier sur le bureau : le formulaire ne se garde pas en brouillon.

  1. L'IBAN qui a servi à faire le paiement. Il est obligatoire : ce sont vos coordonnées bancaires, celles du compte bancaire débité, pas celles de l'escroc. Si l'argent est parti par carte bancaire, donnez l'IBAN du compte auquel votre carte est rattachée. C'est le mur où butent tous ceux qui ont payé autrement : espèces, mandat cash, coupons PCS ou Transcash, cartes cadeaux. Là, le dépôt en ligne est impossible : c'est le commissariat.
  2. Le relevé bancaire avec le libellé exact de l'opération frauduleuse et sa date : c'est là que figure le nom de l'encaisseur, souvent différent de celui du site. Si plusieurs fraudes se sont enchaînées sur le même compte bancaire, listez-les toutes, montant par montant : une ligne oubliée reste une ligne non remboursée.
  3. Les captures d'écran entières, barre d'adresse et horloge visibles, jamais recadrées. L'adresse du faux site est la pièce la plus utile du dossier, et la première perdue quand le site ferme.
  4. Les en-têtes complets de l'e-mail, pas seulement son texte. Dans Gmail, c'est « Afficher l'original » ; dans Outlook, « Propriétés » puis « En-têtes Internet ».
  5. Les coordonnées de l'escroc : pseudonyme, numéro de téléphone, adresse mail, nom du profil, numéro de l'annonce, adresse de livraison.
  6. L'historique de connexion du compte touché, photographié avant de déconnecter les sessions : une fois la liste vidée, l'adresse IP de l'intrus n'est plus lisible.
L'erreur qui coûte le plus cher

Changer le mot de passe et vider la boîte de réception avant d'avoir tout photographié. Le réflexe est juste pour la sécurité, désastreux pour la plainte : les messages de l'escroc, la règle de transfert qu'il avait posée et la liste des appareils connectés disparaissent avec. La fiche la liste des appareils connectés à un compte donne, service par service, où se trouve cette liste et quoi en garder.

Côté identité, le formulaire passe par FranceConnect : impots.gouv.fr, Ameli, l'Identité Numérique La Poste, la MSA ou France Identité. Aucun compte à créer : c'est cette identification qui vaut signature du plaignant.

La plainte en ligne généraliste : 7 jours, 20 Mo, et pas de vidéo

Ce second guichet est celui qu'on vous indiquera si votre escroquerie n'a pas été commise sur Internet. Son centre d'aide est bien plus précis que celui de Thésée, et donne des chiffres qu'on ne trouve nulle part ailleurs :

  • Déclarants majeurs uniquement : pour un mineur, c'est un titulaire de l'autorité parentale qui déclare.
  • Auteur inconnu obligatoire. Si vous savez qui c'est — un proche, un collègue, un ex-conjoint —, le formulaire n'est pas la bonne voie.
  • FranceConnect facultatif, mais sans lui « un rendez-vous physique sera nécessaire ». Autant dire que la démarche n'est totalement en ligne qu'avec.
  • Pièces jointes : JPEG, PNG ou PDF. 5 Mo par fichier, 20 Mo au total, et les vidéos ne sont pas autorisées. Convertissez les captures en PNG, et transcrivez une vidéo en quelques images.
  • Sept jours de traitement : « ma déclaration sera traitée dans les 7 jours qui suivront sa réception ». Le procès-verbal numérique arrive à l'issue de ce délai, pas à la validation.
  • Le service compétent vous est nommé dès la validation. C'est à lui, et à lui seul, qu'on envoie une pièce oubliée.

Et si votre situation n'est pas éligible, vous recevez un e-mail qui donne le motif du refus et le service à contacter. Ce n'est pas un classement, c'est un aiguillage : mais il vous a coûté une semaine, au moment où la banque réclame une plainte.

Visioplainte : un gendarme en visioconférence, une demi-heure d'avance

C'est la voie la moins connue des trois, et souvent la meilleure quand le dossier est compliqué à écrire : un agent pose les questions, et le procès-verbal est rédigé devant vous. Le service est gratuit, l'authentification passe par FranceConnect, et l'invitation arrive par e-mail ou par SMS. Trois détails décident qu'il se tienne ou non :

  • Ouvrez votre session une demi-heure avant l'heure prévue. C'est écrit dans la notice, et c'est là qu'on découvre que FranceConnect ne répond pas.
  • Il faut une caméra : téléphone, tablette ou ordinateur ; un poste fixe sans webcam ne suffit pas.
  • Toutes les infractions ne sont pas éligibles, et le service n'est pas ouvert partout. L'éligibilité se vérifie en indiquant sa commune ; le ministère publie, département par département, l'état du déploiement — la Sarthe y a sa page.

Ce qui ne sert à rien, et ce qui abîme le dossier

C'est la partie que les autres guides passent sous silence.

  • Déposer la même plainte sur deux guichets. Cela ne double pas les chances : cela crée deux procédures sur les mêmes faits, et fait perdre le fil des courriers.
  • Confondre signalement et plainte. Signaler un e-mail d'hameçonnage à Signal Spam, un SMS au 33700, le site frauduleux à Phishing Initiative — qui en bloque l'adresse, pour que les fraudeurs ne la réutilisent pas —, un contenu illicite sur Pharos : tout cela sert. Mais aucun de ces signalements n'ouvre de procédure à votre nom, n'engage de poursuites pénales ni ne donne de récépissé.
  • Attendre que le site rouvre ou que l'escroc réponde. Les données de connexion conservées chez les opérateurs et les hébergeurs ont une durée de vie courte. Chaque semaine d'attente réduit ce que l'enquête pourra retrouver, même si la prescription du délit, elle, laisse six ans (article 8 du code de procédure pénale).
  • Supprimer la conversation ou le compte. On veut effacer la trace de ce qui est humiliant ; on efface la preuve.
  • Attendre une enquête dédiée à votre seul dossier. Le préjudice individuel est souvent faible et l'auteur à l'étranger : ce qui met une enquête en route, c'est le nombre de plaintes qui se ressemblent.
  • Attendre la plainte pour appeler sa banque. Deux circuits différents : le remboursement d'une opération non autorisée relève du code monétaire et financier, pas des poursuites pénales. La fiche se faire rembourser par sa banque donne l'ordre des courriers.

Après le dépôt : le récépissé, et pourquoi votre plainte part à Nanterre

Sur Thésée, votre déclaration devient un formulaire personnalisé, validé et signé électroniquement par un policier ; le récépissé de dépôt de plainte apparaît ensuite dans votre espace personnel. Téléchargez-le tout de suite et notez le numéro de procès-verbal : c'est lui qui identifie la procédure, auprès du procureur comme auprès de votre banque, de l'assureur ou de l'opérateur.

Le dossier ne reste pas dans votre commissariat. Thésée centralise les plaintes pour les rapprocher : c'est tout l'intérêt du dispositif, et la raison pour laquelle déposer vaut le coup même pour 80 €. Un exemple le montre. En juin 2024, un appel à victimes a été lancé par le parquet de Nanterre dans une enquête confiée à l'office anti-cybercriminalité (OFAC) et à l'OCRGDF, sur six faux sites de vente de mobilier, dont casaconfo.com et stockwan.com. Quatre personnes ont été mises en examen, pour plus de 20 000 commandes et un préjudice estimé à près de 4 millions d'euros. Aucune de ces plaintes, prise seule, ne pesait grand-chose.

Les messages qui arrivent après le dépôt

Dans les jours qui suivent, des propositions arrivent par message privé : « cabinet de recouvrement international », « nous récupérons les fonds envoyés aux escroqueries en ligne », honoraires à régler d'avance par virement. C'est une seconde arnaque, et elle vise précisément les gens qui viennent de déposer plainte. Ces escrocs réclament des coordonnées bancaires et des informations personnelles — pièce d'identité, justificatif de domicile — « pour monter le dossier ». Avoir été victime une première fois est exactement ce qui vous rend intéressant. Aucun service officiel ne vous démarchera, et aucun intermédiaire privé n'a accès à votre dossier.

Pour mémoire, l'escroquerie est un délit puni de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende (article 313-1 du code pénal). Et si vous ne savez pas quel guichet choisir, la plateforme Info Escroqueries répond au 0 805 805 817, gratuitement, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30 ; elle est tenue par des enquêteurs, pas par un répondeur. Pour la partie technique du dossier, 17Cyber oriente gratuitement, et si la plainte revient sans suite, la fiche plainte classée sans suite explique les trois recours qui existent encore.

Si le blocage est technique — retrouver l'historique de connexion, exporter les en-têtes d'un mail, convertir des captures sans dépasser les 20 Mo —, une assistance à distance de 30 minutes suffit à constituer le dossier. Le diagnostic au téléphone ne coûte rien ; les montants sont sur la page tarifs.

Questions fréquentes

J'ai payé en espèces ou en coupons : puis-je déposer sur Thésée ?

Non. Le formulaire réclame obligatoirement l'IBAN qui a servi au paiement : les espèces, le mandat cash et les coupons PCS ou Transcash ne donnent pas de coordonnées bancaires à remonter. Il faut alors le commissariat ou la brigade de gendarmerie, avec le ticket d'achat des coupons et les codes communiqués.

Une plainte déposée en ligne a-t-elle la même valeur ?

Oui. Elle est validée et signée électroniquement par un policier, et elle produit un récépissé avec un numéro de procès-verbal. L'usage du téléservice est conseillé mais pas obligatoire : personne ne peut vous refuser un dépôt au guichet au motif qu'il existe un formulaire en ligne.

Mon association ou mon entreprise peut-elle déposer sur Thésée ?

Non. Le dispositif est réservé aux personnes physiques majeures. Une société, une association ou une collectivité dépose au commissariat ou à la brigade, ou par courrier au procureur de la République, avec le justificatif d'identité du représentant légal.

Mon arnaque aux cryptomonnaies est-elle acceptée ?

Non, et c'est la surprise la plus fréquente. Les escroqueries aux faux investissements sont expressément renvoyées au commissariat ou à la brigade de gendarmerie, même quand tout s'est passé en ligne. Préparez les relevés, les adresses de portefeuille, les e-mails échangés avec le faux conseiller et les coordonnées bancaires du compte qui a servi aux virements.

Combien de temps avant d'avoir une réponse ?

Sur le formulaire généraliste, le centre d'aide annonce un traitement dans les sept jours suivant la réception, et le procès-verbal numérique à l'issue de ce délai. Thésée n'affiche pas de délai : le récépissé est délivré une fois la plainte validée et signée par un policier.

Dois-je attendre la plainte pour que ma banque me rembourse ?

Non. Le remboursement d'une opération de paiement non autorisée — un prélèvement ou un paiement par carte bancaire que vous n'avez pas fait — relève du code monétaire et financier : il ne dépend pas du pénal. Contestez par écrit auprès de la banque sans attendre, et joignez le récépissé de plainte quand vous l'avez, en pièce complémentaire.

Sources

À lire aussi : où porter plainte après un piratage · un virement instantané parti chez un escroc.

EA

Étienne AubryTechnicien informatique au Mans depuis dix ans. Cette fiche vient des appels de gens qui ont passé une semaine sur le mauvais formulaire, puis reçu un e-mail de rejet au moment où leur banque leur réclamait justement une plainte. En savoir plus.

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Vous ne savez pas quel formulaire de plainte est le bon ?

Diagnostic gratuit au téléphone (15 minutes) : on regarde ensemble où l'argent est parti, quel guichet correspond, et quelles pièces manquent au dossier. Assistance à distance dès 19 € la demi-heure pour retrouver l'historique de connexion et les en-têtes de courriel, intervention au Mans dès 49 €.

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