Arnaque à la location de vacances : que faire avant et après avoir payé
Une annonce de gîte recopiée, un virement demandé « en direct pour éviter les frais », une porte qui ne s'ouvre pas. Vous saurez vérifier une location saisonnière en trois minutes, quoi faire dans les 72 heures sur place, et ce que votre banque doit — ou ne doit pas — vous rembourser.
↑ Ce conseil fait partie du guide : Arnaques & hameçonnage
Que faire en cas d'arnaque à la location de vacances ?
Rassemblez d'abord les preuves : l'annonce, la conversation entière, la preuve du paiement par carte bancaire ou du virement. Signalez à la plateforme sous 72 heures si vous êtes sur place, appelez votre banque le jour même pour une rétrofacturation ou un rappel de fonds, déposez plainte sur Thésée, puis signalez l'annonce sur SignalConso.
- Capturez l'annonce, les messages et le paiement.
- Signalez à la plateforme sous 72 heures.
- Appelez votre banque le jour même.
- Déposez plainte en ligne sur Thésée.
- Signalez l'annonce trompeuse sur SignalConso.
Le numéro à 13 caractères que l'annonce doit afficher
C'est le contrôle le plus rapide, et presque personne ne le fait. Depuis le 21 novembre 2024, dans la plupart des grandes communes touristiques, un meublé de tourisme doit être déclaré en mairie et reçoit un numéro d'enregistrement, qui doit figurer dans l'annonce de façon visible, plateformes comprises.
Le numéro compte 13 caractères en trois groupes : cinq chiffres de code commune, six d'identifiant, puis deux de clé de contrôle. Les cinq premiers sont le code INSEE de la commune : cherchez-le avec le nom de la ville ; s'il ne correspond pas, le logement n'est pas où l'annonce prétend. Trente secondes pour une réponse ferme.
L'annonce doit aussi préciser s'il s'agit d'une annonce de particulier ou d'une annonce de professionnel. Un loueur qui refuse son numéro mérite un appel à la mairie : le service de la taxe de séjour sait en une minute si le meublé est déclaré.
- Il prouve que le logement a été déclaré à la commune, et permet de recouper la commune réelle avec celle de l'annonce ;
- il ne prouve pas que la personne en face est le propriétaire : un numéro se recopie comme les photos ;
- son absence ne prouve rien non plus : toutes les communes n'ont pas instauré l'enregistrement, une déclaration simple suffit ailleurs.
Ce contrôle écarte l'escroc pressé, pas l'escroc soigneux : c'est l'accumulation de petites vérifications gratuites qui décide, jamais une seule.
L'annonce recopiée : la repérer en trois minutes
L'escroc ne fabrique rien. Il prend une annonce réelle — une agence, un site étranger, une location archivée —, récupère photos et description, puis republie le tout moins cher. Le vrai propriétaire ignore tout. C'est le scénario le plus courant et le plus facile à démonter : une image recopiée laisse une trace.
- La recherche d'image inversée. Clic droit sur la photo principale, « Rechercher avec Google Lens », ou dépôt du fichier sur TinEye. Si les mêmes murs ressortent sous un autre nom ou dans une autre ville, vous avez votre réponse. Faites-le sur deux ou trois photos.
- La description entre guillemets. Copiez une phrase entière de l'annonce et collez-la dans Google entre guillemets. Un texte dupliqué ressort ailleurs mot pour mot.
- L'adresse et la façade. Demandez l'adresse avant de payer : un loueur sérieux donne au moins la rue. Comparez la façade, les volets et le numéro sur Street View, puis vérifiez sur cadastre.gouv.fr que le bâtiment existe.
- Le numéro de téléphone, l'adresse mail et l'IBAN. Collez-les dans Google entre guillemets : les numéros et les coordonnées bancaires qui servent plusieurs fois finissent par apparaître dans des signalements publics.
- Le profil et les avis. Un compte créé il y a trois semaines, déjà couvert d'avis enthousiastes rédigés à la même période, est fabriqué. Regardez la date d'inscription, pas la note.
Reste le signal le plus fiable : le prix. Une maison à 900 € la semaine en août là où les autres sont à 1 800 € n'est pas une affaire, c'est un appât : l'escroc a besoin que vous décidiez vite. C'est le ressort décrit dans les arnaques aux petites annonces.
« Réservez en direct » : la phrase qui coûte tout
Tant que la réservation et le paiement restent dans la plateforme, il y a un interlocuteur, une trace et un recours. Dès que le paiement en sort, il n'y a plus rien : ni médiation, ni garantie, ni annulation. Les phrases ci-dessous n'ont qu'un but, vous faire franchir cette ligne.
- « Mon calendrier bugue sur le site, on va faire ça en direct. »
- « Réservez hors plateforme, je vous enlève les 10 % de frais de service. »
- « Mon compte est bloqué quelques jours, ma fille gère les réservations, voici son IBAN. »
- « Envoyez juste les arrhes par coupon, le solde à l'arrivée en espèces. »
- « Je vous envoie un lien de paiement sécurisé par mail. »
Les moyens de paiement réclamés sont le meilleur détecteur qui existe, parce qu'un escroc choisit toujours ceux qu'on ne peut pas rattraper. Un virement vers un IBAN étranger, un coupon PCS ou Transcash, un mandat cash, un « envoi entre proches », une cryptomonnaie : ces cinq-là n'offrent aucun recours, et c'est pour cela qu'on vous les propose.
Méfiez-vous du courriel qui semble venir de la plateforme : regardez l'adresse réelle de l'expéditeur, pas le nom affiché, comme dans j'ai cliqué sur un lien d'hameçonnage. Aucun site de réservation ne réclame un virement par courriel, ni vos coordonnées bancaires par retour de message. Et ne dictez jamais votre code secret ni le code reçu par SMS : la banque pourrait invoquer la négligence grave et refuser de rembourser la suite.
Le test qui tranche en une minute : répondez que vous préférez rester dans la messagerie du site et régler par carte bancaire. Un loueur réel dit oui. Un escroc change de ton, évoque une autre réservation, ou disparaît.
Devant la porte, et personne ne répond
Vous êtes à 400 kilomètres de chez vous, avec les valises et parfois les enfants. La première heure compte : c'est là qu'on réunit les preuves et qu'on ouvre les recours dans les délais. Dans l'ordre :
- Photographiez avant de repartir. La façade, le numéro de rue, la plaque de la commune, la boîte aux lettres. L'horodatage prouvera que vous étiez sur place à l'heure convenue.
- Rappelez depuis un autre téléphone. Il arrive qu'on vous ait bloqué après le paiement : si l'on décroche sur l'autre ligne, le doute est levé.
- Demandez au voisin ou au commerce d'à côté. « Ce logement se loue-t-il ? » En une minute, vous savez si l'adresse est un vrai meublé de tourisme ou un immeuble qui n'a jamais rien loué.
- Ouvrez le signalement dans l'application, pas par courriel. Sur Airbnb, vous avez 72 heures après la découverte pour le signaler et demander une annulation avec remboursement. Les autres sites ont leurs délais : ouvrez le dossier tout de suite, quitte à le compléter.
- Appelez la mairie ou l'office de tourisme. Ils savent quels meublés sont déclarés, et voient passer les arnaques de leur secteur.
- Gardez toutes les factures de secours : hôtel, repas, carburant. Elles servent au recours plateforme, à la plainte, et parfois à l'assurance annulation adossée aux cartes bancaires haut de gamme — qui suppose en général que le séjour ait été réglé avec la carte.
Si un propriétaire vous ouvre sans rien comprendre, ne forcez rien : il est lui aussi une victime, ses photos ont été volées. Échangez vos coordonnées et déposez chacun une plainte.
Récupérer l'argent : ce que la banque doit vraiment
C'est le point sur lequel on lit le plus d'approximations. Tout dépend d'une question : l'opération était-elle autorisée ou non autorisée ?
| Ce que vous avez fait | Ce que dit la règle | Le levier réel |
|---|---|---|
| Cartes bancaires utilisées sans vous | Utilisation frauduleuse : 13 mois pour signaler, remboursement au plus tard le premier jour ouvrable | Opposition, réclamation écrite, signalement Perceval |
| Paiement par carte que vous avez validé | Opération autorisée : aucune obligation légale de remboursement | Rétrofacturation pour service non rendu, à demander vite |
| Virement vers l'IBAN du faux loueur | Ordre exécuté, donc irrévocable | Rappel de fonds demandé à la banque, sans garantie |
| Coupon PCS, Transcash, mandat cash | Le code au dos vaut l'argent | Aucun, sauf si le code n'a pas encore été consommé |
| Chèques envoyés pour les arrhes | Opposition admise pour perte, vol ou utilisation frauduleuse, pas pour un service non rendu | Opposition à confirmer par écrit sous 48 h, sinon elle tombe |
Carte non autorisée. Si votre numéro de carte a servi sans vous, le code monétaire et financier vous protège (articles L133-6 à L133-25-2) : vous avez 13 mois à compter du débit pour la signaler, et la banque doit vous rembourser au plus tard le premier jour ouvrable suivant la contestation, agios compris. C'est le cas d'une carte bancaire piratée, pas celui d'une location payée volontairement.
Un cas fait pourtant basculer une location dans la première ligne : le loueur réclame une photo de la carte recto-verso « pour la caution », ou un formulaire où recopier vos coordonnées bancaires. Les débits qui suivent — prélèvements répétés, retraits à l'étranger — ne sont plus votre paiement de location : ce sont des opérations non autorisées, donc remboursables. Faites opposition, relisez trois mois de relevés pour isoler les lignes frauduleuses, puis déclarez chaque débit sur Perceval, le signalement des fraudes à la carte : il réclame le numéro d'opposition et ces relevés.
Carte autorisée. Vous avez saisi vous-même le code reçu par SMS pour payer un gîte qui n'existe pas ? L'opération est juridiquement autorisée : votre banque n'a aucune obligation de vous rembourser, et Perceval n'est pas le bon guichet. La gamme n'y change rien — carte bleue, carte de débit ou carte de crédit —, c'est le caractère autorisé ou non de l'opération qui décide. Le levier qui reste s'appelle la rétrofacturation, ou chargeback : la DGCCRF le précise, ce n'est pas un droit prévu par la loi, mais un service offert par la marque de paiement. Demandez-la par écrit depuis la messagerie de votre espace client plutôt qu'au téléphone, motif « service non rendu », avec l'annonce et les échanges. La banque peut refuser ; sa réponse écrite ouvre alors la saisine du médiateur bancaire.
Virement. Le cas le plus fréquent, et le plus mauvais. Appelez votre banque le jour même et demandez un rappel de fonds à la banque du bénéficiaire. Ce n'est pas un droit, c'est une demande entre établissements : si le compte bancaire a déjà été vidé, il n'y a plus rien à rappeler. Pour un virement instantané, la fenêtre se compte en minutes. Exigez une trace écrite de votre demande.
Un mot sur les moyens de paiement entre particuliers : une somme envoyée « entre proches » n'ouvre aucune protection acheteur, là où le même montant en « biens et services » en ouvre une. Le faux loueur vend l'économie de frais ; il économise surtout votre recours. Notre fiche sur le remboursement par la banque après une arnaque détaille la lettre de réclamation.
Signaler et porter plainte : les quatre guichets
Ils ne servent pas à la même chose et aucun ne remplace l'autre : comptez une heure pour les quatre.
- Thésée, la plainte en ligne pour les escroqueries sur internet. Un policier la valide et le récépissé arrive dans votre espace personnel. Réservée aux particuliers majeurs : un professionnel passe par le commissariat.
- Le commissariat ou la gendarmerie, si le préjudice est lourd ou s'il vous faut un récépissé rapide pour l'assurance. On ne peut pas refuser votre plainte.
- Pharos (internet-signalement.gouv.fr) pour faire retirer l'annonce ou le profil. C'est un signalement de contenu, pas une plainte.
- SignalConso (DGCCRF) pour l'annonce trompeuse et le site marchand douteux : le guichet qui déclenche les contrôles, et qui oblige l'entreprise visée à répondre.
Ce qu'il faut joindre, et qu'on oublie toujours : une capture de l'annonce avec l'adresse du site et la date visibles à l'écran, la conversation entière et non des extraits, les coordonnées bancaires du bénéficiaire — RIB ou IBAN —, et vos relevés. L'IBAN est la pièce la plus utile : la seule qui remonte à un compte bancaire, donc à une identité, et qui permet de rapprocher les dossiers. Apprendre à lire un RIB reçu par message vous évitera la fois suivante.
Beaucoup de ces dossiers finissent classés sans suite, et il existe des recours. Déposer plainte reste utile : c'est l'accumulation de plaintes portant le même IBAN qui fait ouvrir une enquête.
Ce qui ne sert à rien
- Rappeler l'escroc pour négocier : il promettra un remboursement et tentera de nouveaux prélèvements frauduleux « pour débloquer le dossier ».
- Payer un service de récupération de fonds trouvé en ligne : c'est la seconde arnaque, celle qui vise les victimes de la première : les faux experts qui promettent de tout récupérer.
- Faire opposition sur ma carte pour annuler un paiement par carte validé soi-même : cela bloque la carte pour la suite du séjour, pas l'opération passée.
- Se fier au badge « annonce vérifiée » d'un site gratuit : la vérification n'y porte souvent que sur l'adresse mail.
- Menacer publiquement sur les réseaux : le compte est supprimé, les preuves partent avec.
Questions fréquentes
Puis-je annuler un virement déjà envoyé à un faux propriétaire ?
Pas vous-même. Demandez à votre banque un rappel de fonds auprès de la banque du bénéficiaire. C'est une demande, pas un droit : si le compte bancaire du destinataire a déjà été vidé, il n'y a plus rien à rappeler. Appelez le jour même et exigez une trace écrite.
Une annonce sans numéro d'enregistrement est-elle forcément une arnaque ?
Non. Seules les communes ayant instauré l'enregistrement l'imposent ; ailleurs, une déclaration en mairie suffit et il n'y a pas de numéro à afficher. L'absence n'est donc pas une preuve. Un numéro incohérent avec la commune annoncée, lui, en est une.
J'ai payé par carte : la banque doit-elle me rembourser ?
Pas automatiquement. Le remboursement de droit vise l'utilisation frauduleuse, celle où vos cartes bancaires servent sans vous. Un paiement par carte que vous avez validé relève de la rétrofacturation, un service offert par la marque de paiement pour service non rendu, que votre banque peut refuser : demandez-la depuis votre espace client.
Le propriétaire réclame la caution par virement avant l'arrivée : est-ce normal ?
Non. Dans une location saisonnière, le dépôt de garantie se remet à l'arrivée : espèces, chèques non encaissés, ou empreinte de cartes bancaires. Ces trois-là se récupèrent ; un virement réclamé d'avance, en plus des arrhes, non.
Le logement existe mais ne ressemble pas du tout à l'annonce : que faire ?
Ce n'est plus une escroquerie, c'est un litige. Photographiez tout dès l'entrée, signalez à la plateforme dans les 72 heures, refusez par écrit de rester si le logement est insalubre, puis saisissez SignalConso et, à défaut, le conciliateur de justice.
Faut-il porter plainte si l'escroc est manifestement à l'étranger ?
Oui. Les plaintes se recoupent : c'est le rapprochement de plusieurs dossiers portant le même IBAN ou le même numéro qui déclenche une enquête. Votre plainte seule n'aboutira peut-être pas ; c'est la dixième déposée sur le même compte bancaire qui fait bouger les choses.
Sources
- Service-Public.gouv.fr — louer un meublé de tourisme (numéro d'enregistrement de 13 caractères en trois groupes, enregistrement généralisé dans la plupart des grandes communes depuis le 21 novembre 2024, mention obligatoire et lisible dans l'annonce).
- Service-Public.gouv.fr — fraude à la carte bancaire sur internet (13 mois pour signaler une opération non autorisée, remboursement au plus tard le premier jour ouvrable suivant, articles L133-6 à L133-25-2 du code monétaire et financier).
- DGCCRF — la rétrofacturation ou chargeback (prestation non imposée par la loi, offerte librement par la marque de paiement, cas du bien ou du service non fourni).
- Airbnb — politique en cas de problème lié au voyage (72 heures pour signaler le problème à l'hôte ou à la plateforme, annulation avec remboursement possible).
- Ministère de l'Intérieur — Thésée, la plainte en ligne pour les arnaques sur internet (particuliers majeurs, validation par un policier, récépissé dans l'espace personnel).
- Service-Public.gouv.fr — opposition sur un chèque (admise pour perte, vol ou utilisation frauduleuse ; à confirmer par écrit sous 48 heures, sinon elle est annulée).
- SignalConso — DGCCRF (signalement d'une annonce trompeuse ou d'un site marchand douteux).
À lire aussi : l'arnaque à la location d'appartement à l'année · reconnaître une fausse boutique en ligne · le guide arnaques & hameçonnage.
Étienne AubryTechnicien informatique au Mans depuis dix ans. Cette fiche vient des appels de fin de semaine, quand la valise est encore dans le coffre et que le numéro du loueur ne répond plus. En savoir plus.
Une annonce douteuse, ou un virement déjà parti ?
Diagnostic gratuit au téléphone, 15 minutes : on regarde l'annonce, les messages et le RIB, et je vous dis quoi appeler et dans quel ordre. Si la boîte mail a servi à l'échange, l'assistance à distance est à 19 € la demi-heure, au Mans dès 49 € — détail sur la page des tarifs.
- Diagnostic gratuit
- Sans engagement
- Le Mans, Sarthe et à distance