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Fiche pratique

Ma caméra de surveillance est-elle piratée ? Les vrais signes

Une caméra que l'on croit privée est souvent joignable depuis l'extérieur, parfois avec le mot de passe d'usine. Voici comment vérifier concrètement, ce qui est un vrai signe d'intrusion, et les cinq réglages qui règlent le problème.

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↑ Ce conseil fait partie du guide : Ordinateur et appareils piratés

Comment savoir si ma caméra de surveillance est piratée ?

Ouvrez l'application de la caméra et regardez trois choses : la liste des appareils connectés au compte, l'historique des connexions, et les partages actifs. Un appareil inconnu, une connexion à une heure où personne ne regardait, ou un partage que vous n'avez pas créé sont les seuls signes fiables.

Les signes fiables, et ceux qui n'en sont pas

Commençons par ce qui inquiète à tort. Une caméra dont le voyant clignote, qui pivote seule, ou qui émet un léger bruit ne prouve rien : le clignotement accompagne souvent une reconnexion au réseau sans fil, et beaucoup de modèles font une rotation de calibrage après une coupure de courant ou une mise à jour. De même, une image qui se fige quelques secondes est presque toujours un problème de débit.

Les signes qui, eux, méritent une vérification immédiate :

  • Une voix sortant du haut-parleur de la caméra. Le canal audio n'est accessible qu'à quelqu'un authentifié sur le flux.
  • Un appareil inconnu dans la liste des sessions ou des appareils de l'application.
  • Un partage actif vers une adresse mail que vous ne reconnaissez pas, ou un compte « invité » que vous n'avez pas créé.
  • Des réglages modifiés tout seuls : détection de mouvement désactivée, notifications coupées, enregistrement suspendu. C'est le geste typique de quelqu'un qui veut regarder sans laisser de trace.
  • Des enregistrements manquants sur une plage horaire précise.
  • Un mot de passe qui ne fonctionne plus sans que vous l'ayez changé.

Un dernier, moins connu : une consommation de données anormale sur la box aux heures où personne ne consulte les caméras. Un flux vidéo sortant est lourd et se voit dans les statistiques de la box.

La vérification en dix minutes, écran par écran

  1. Ouvrez l'application du fabricant et cherchez, dans les réglages du compte, la rubrique des appareils connectés, des sessions ou de l'historique de connexion. Déconnectez tout ce que vous ne reconnaissez pas.
  2. Regardez les partages. Presque toutes les applications permettent d'inviter quelqu'un à voir le flux. C'est la porte la plus utilisée, notamment après une séparation ou le départ d'un locataire.
  3. Vérifiez la liste des appareils connectés à votre box, dans son interface d'administration. Vous y verrez combien de caméras sont réellement présentes sur le réseau, et si quelque chose d'autre s'y est invité. La méthode complète est dans quelqu'un utilise mon wifi.
  4. Regardez si le port de la caméra est ouvert vers l'extérieur. Dans la box, la section de redirection de ports (ou NAT) liste ce qui est exposé à Internet. Une redirection posée il y a des années pour « voir les caméras depuis le travail » est la cause la plus fréquente d'exposition.
  5. Vérifiez l'UPnP. Cette fonction laisse un appareil ouvrir lui-même un accès depuis l'extérieur, sans vous le demander. La désactiver dans la box est presque toujours une bonne idée.
  6. Contrôlez la version du micrologiciel de la caméra, et appliquez la mise à jour si elle existe.
Le test le plus parlant

Cherchez le modèle exact de votre caméra suivi de « mot de passe par défaut ». S'il apparaît dans les premiers résultats et que vous ne l'avez jamais changé, la question n'est plus de savoir si quelqu'un peut entrer, mais depuis quand. Les moteurs de recherche spécialisés dans les objets connectés répertorient des centaines de milliers de caméras joignables ; les identifiants d'usine sont publics.

Illustration : une caméra de surveillance au trait sur fond sombre
La majorité des accès abusifs n'exploitent aucune faille : le mot de passe est resté celui d'usine.

Par où on entre réellement dans une caméra

Il n'y a pas besoin d'une faille exotique. Quatre chemins couvrent la quasi-totalité des cas :

  1. Le mot de passe d'usine jamais changé. Premier motif, de loin. Les couples identifiant/mot de passe des grandes marques sont documentés publiquement.
  2. Le compte de l'application réutilisé ailleurs. Si le mot de passe de votre compte caméra est le même qu'un compte dont la base a fuité, l'accès est immédiat, et il ressemble en tout point à une connexion légitime. Vérifiez votre adresse : savoir si votre adresse mail a fuité.
  3. L'exposition volontaire du flux par une redirection de port, souvent posée par l'installateur, parfois sans mot de passe fort derrière.
  4. Un micrologiciel jamais mis à jour sur un modèle d'entrée de gamme que le fabricant ne suit plus. Là, seule la mise hors réseau règle le problème.

Le cas particulier, plus fréquent qu'on ne le croit : quelqu'un de l'entourage qui a eu accès à l'application, ou qui a été invité un jour et n'a jamais été retiré. Si c'est votre situation, lisez téléphone surveillé par un proche : la démarche y est décrite avec les précautions nécessaires.

Reprendre la main : la marche à suivre

  1. Changez le mot de passe du compte de l'application, avec une phrase longue et unique, puis déconnectez toutes les sessions.
  2. Changez le mot de passe local de la caméra — il est distinct du compte applicatif sur beaucoup de modèles, et c'est celui qu'on oublie.
  3. Supprimez tous les partages et recréez uniquement ceux dont vous avez besoin.
  4. Activez la double authentification sur le compte si le fabricant la propose. De plus en plus le font, et c'est le réglage qui annule l'effet d'un mot de passe fuité.
  5. Fermez la redirection de port et désactivez l'UPnP dans la box. Pour un accès à distance, passez par l'application du fabricant plutôt que par une exposition directe.
  6. Mettez à jour le micrologiciel, puis redémarrez la caméra.
  7. Si vous avez des raisons de penser que quelqu'un vous a observé, conservez les traces — captures de l'historique, horodatages, enregistrements — avant de tout réinitialiser. L'atteinte à l'intimité de la vie privée est un délit, et la plainte se construit sur ces éléments : voir porter plainte.

Installer une caméra sans créer un trou dans la maison

  • Un mot de passe unique dès la première mise en route, avant même d'accrocher la caméra au mur. C'est le seul moment où on le fait vraiment.
  • Un réseau sans fil séparé pour les objets connectés. La plupart des box proposent un réseau invité : y placer caméras, télévision et objets divers évite qu'un appareil bavard ne serve de point d'appui vers les ordinateurs de la maison. Le principe est détaillé dans régler ses objets connectés.
  • Pas de caméra dans les chambres et les salles d'eau, même orientée vers une porte. C'est autant une question de droit que de sécurité.
  • Une caméra qui ne filme pas la voie publique. Chez un particulier, le champ doit se limiter à sa propriété ; filmer la rue ou le jardin du voisin est sanctionnable.
  • Dans un commerce, l'information des clients et des salariés est obligatoire (panneau visible, mention dans le registre), et les images ne se conservent qu'un mois en principe. C'est le prolongement naturel des obligations d'une TPE.
  • Préférez l'enregistrement local — carte mémoire ou enregistreur — quand c'est possible, avec une copie en ligne seulement si vous en avez l'usage. Moins de flux sortant, moins d'exposition.

Babyphone, interphone, sonnette connectée : même sujet

Tous ces appareils sont des caméras avec un nom différent, et ils posent exactement les mêmes questions. Deux spécificités méritent d'être connues.

Les babyphones vidéo bon marché fonctionnent parfois sur une liaison radio analogique non chiffrée : rien à pirater, il suffit d'être à portée avec le bon matériel. Si le modèle ne mentionne ni chiffrement ni connexion par application authentifiée, considérez le flux comme public dans un rayon de quelques dizaines de mètres.

Les sonnettes connectées filment l'entrée, donc souvent un morceau de trottoir. Le cadrage doit être réglé pour rester sur votre seuil. Et comme elles sont alimentées en permanence et joignables depuis l'extérieur par conception, elles doivent être sur le réseau invité et disposer d'un mot de passe unique, au même titre que les caméras.

Enfin, un appareil dont le fabricant a cessé les mises à jour, ou dont le service en ligne a fermé, doit sortir du réseau. C'est le seul cas où il n'existe aucun réglage qui rattrape le problème.

Quand faire regarder par quelqu'un

Trois situations où un contrôle extérieur fait gagner du temps : vous trouvez une redirection de port sans savoir qui l'a posée ; la caméra est reliée à un enregistreur installé par un professionnel et vous n'avez pas les accès ; vous soupçonnez un accès par une personne de l'entourage et vous voulez conserver les preuves avant d'agir.

Le contrôle se fait très bien à distance sur la box et l'application, sans déplacement. Le diagnostic de quinze minutes au téléphone est gratuit et suffit souvent à trancher ; au-delà, l'assistance à distance est facturée dès 19 € la demi-heure, et une intervention à domicile dès 49 € si le matériel doit être manipulé sur place. Le détail est sur la page tarifs, et le déroulé sur comment ça se passe.

Le routeur, écran par écran : où regarder

La box, ou le routeur, est le seul endroit qui dit la vérité sur ce qui est branché et sur ce qui est joignable depuis l'extérieur. Voici le chemin, quel que soit l'opérateur.

  1. Ouvrez l'interface en tapant dans le navigateur l'adresse IP du routeur — souvent 192.168.1.1 ou 192.168.0.1 — et connectez-vous avec le nom d'utilisateur et le mot de passe figurant sous l'appareil. Si ce mot de passe est toujours celui d'usine, changez-le aujourd'hui.
  2. Liste des appareils connectés : chaque ligne donne un nom, une adresse IP locale et une adresse MAC. Notez l'adresse IP de chaque caméra, vous en aurez besoin.
  3. Redirection de ports, parfois appelée NAT ou serveur virtuel : tout ce qui y figure est joignable depuis Internet. Une ligne qui pointe vers l'adresse IP d'une caméra expose son flux au monde entier.
  4. UPnP : à désactiver. Cette fonction permet à un appareil de créer lui-même une redirection sans rien demander.
  5. Réseau wifi : vérifiez le chiffrement (WPA2 ou WPA3, jamais WEP) et désactivez le WPS, qui se force en quelques heures.
  6. Journal de connexions, si votre modem en tient un : il montre les tentatives entrantes et leur origine.

Une caméra reliée en Ethernet plutôt qu'en wifi est à la fois plus stable et moins exposée : elle ne dépend pas de la clé du réseau sans fil, et un adaptateur par courant porteur suffit quand tirer un câble est impossible.

Notifications et enregistrements : régler ce qui vous prévient

Une caméra sert surtout par ce qu'elle vous signale. Trois réglages qui font la différence entre un appareil utile et un appareil décoratif :

  • La détection de mouvement et les zones : limitez la zone active à ce qui vous concerne. Une caméra qui alerte sur chaque voiture qui passe finit par être ignorée, et c'est ainsi qu'on rate la vraie alerte.
  • Les notifications : activez-les sur le téléphone, et vérifiez qu'elles arrivent réellement. Beaucoup de systèmes envoient aussi un mail ; une alerte qui tombe dans les indésirables de votre boîte mail ne sert à rien.
  • L'enregistrement : sur carte mémoire dans la caméra, sur un enregistreur, ou en ligne. Le local évite l'abonnement et limite le flux sortant ; l'en ligne survit au vol de la caméra. Les deux ensemble, quand c'est possible, est le bon compromis.

Et un contrôle simple que personne ne fait : vérifiez une fois par mois que les enregistrements sont bien là. Une carte mémoire morte ou pleine ne prévient pas, et on s'en aperçoit le jour où on a besoin des images.

Si quelqu'un a regardé : ce qu'on garde, ce qu'on change

Le réflexe naturel — réinitialiser la caméra tout de suite — efface les traces. Faites-le dans l'autre sens :

  1. Capturez l'historique des connexions de l'application, la liste des appareils, les partages actifs, avec leurs dates et heures. Une photo d'écran datée suffit.
  2. Exportez les enregistrements de la période concernée avant qu'ils ne soient écrasés : la plupart des systèmes tournent en boucle sur sept à trente jours.
  3. Notez ce que vous avez constaté, en clair : une voix entendue, un réglage modifié, une notification désactivée, une plage horaire manquante.
  4. Ensuite seulement, changez les mots de passe, déconnectez les sessions et supprimez les partages.
  5. Si vous pensez à quelqu'un de l'entourage, ne le confrontez pas avant d'avoir sécurisé les comptes et conservé les preuves — et parlez-en à un tiers de confiance.

Relier la caméra au réseau : SSID, WPA, point d'accès

La façon dont la caméra rejoint le réseau décide d'une bonne partie de son exposition.

  • Le SSID est le nom de votre réseau sans fil. Évitez qu'il porte votre nom ou votre numéro d'appartement. Le masquer, en revanche, ne protège de rien : il reste lisible par n'importe quel outil d'analyse.
  • Le chiffrement du wifi doit être en WPA2 ou, mieux, WPA3. Un réseau en WEP ou ouvert expose tout ce qui y circule. Désactivez aussi le WPS, ce bouton d'appairage rapide dont le code à huit chiffres se force en quelques heures.
  • Le point d'accès : si la caméra est loin de la box, un répéteur ou un adaptateur par courant porteur donne une liaison stable. Une caméra à la limite de portée se reconnecte sans arrêt — et c'est ce clignotement permanent qu'on prend à tort pour une intrusion.
  • L'Ethernet reste préférable quand c'est possible : la caméra ne dépend plus de la clé du réseau sans fil, la carte réseau de la box lui attribue une adresse stable, et le flux ne sature pas le wifi de la maison.

Dans la liste des périphériques du réseau local, attribuez à chaque caméra une adresse IP fixe (réservation par adresse MAC, dans les paramètres réseau de la box). Vous saurez alors toujours laquelle est laquelle, et un périphérique inconnu se repère immédiatement au lieu de se fondre dans une liste d'adresses qui changent à chaque redémarrage.

Questions fréquentes

Le voyant de ma caméra clignote, est-ce qu'on me regarde ?

Presque jamais. Le clignotement signale le plus souvent une reconnexion au réseau sans fil ou une mise à jour en cours. Les signes fiables sont ailleurs : un appareil inconnu dans la liste des sessions, un partage que vous n'avez pas créé, ou des réglages modifiés seuls.

Masquer la caméra avec un autocollant suffit-il ?

Cela règle l'image, pas le reste. Le microphone continue de capter, et l'appareil reste un point d'entrée sur votre réseau. Si vous ne voulez plus vous en servir, débranchez-la et retirez-la du compte plutôt que de la masquer.

Puis-je filmer l'entrée de mon immeuble ou la rue ?

Chez un particulier, le champ doit se limiter à votre propriété. Filmer la voie publique ou le terrain d'un voisin peut être sanctionné. Pour les parties communes d'une copropriété, la décision relève de l'assemblée générale, pas d'un occupant.

Faut-il déclarer ses caméras quelque part ?

Pas pour un usage strictement privé à son domicile. Dans un commerce ou un local professionnel filmant des espaces ouverts au public, l'information par panneau est obligatoire et une inscription au registre des traitements est attendue.

Ma caméra n'est plus mise à jour par le fabricant, que faire ?

Retirez-la d'Internet. Sans correctif, aucun réglage ne compense une faille connue. Vous pouvez la garder en enregistrement purement local si elle n'a aucun accès sortant, mais le plus sûr reste de la remplacer.

Comment connaître l'adresse IP de ma caméra ?

Elle figure dans la liste des appareils connectés de votre routeur, à côté de son nom et de son adresse MAC. C'est cette adresse IP locale que vous retrouverez dans une éventuelle redirection de ports — c'est ainsi qu'on vérifie si le flux est exposé à Internet.

Faut-il brancher les caméras en wifi ou en Ethernet ?

En Ethernet quand c'est possible : plus stable, moins sensible aux coupures, et indépendant de la clé du réseau sans fil. Un adaptateur par courant porteur fait le travail quand tirer un câble est impossible. Le wifi reste acceptable sur un réseau invité bien protégé.

À lire aussi : régler ses objets connectés · quelqu'un utilise mon wifi · un téléphone surveillé par un proche.

EA

Étienne AubryTechnicien informatique au Mans depuis dix ans. Cette fiche vient de ce que je vois passer au téléphone, pas d'un manuel. En savoir plus.

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