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Fiche pratique

Comment reconnaître un faux RIB avant de faire le virement

Un fournisseur qui annonce un changement de banque, un vendeur qui envoie son RIB, une étude notariale qui réclame un virement : vous saurez quels contrôles servent vraiment, lequel tranche en trente secondes, et ce qui reste possible si le virement est déjà parti.

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↑ Ce conseil fait partie du guide : Arnaques & hameçonnage

Comment savoir si un RIB est faux ?

Un IBAN valide ne prouve rien : l'escroc ne fabrique pas un numéro, il donne un vrai compte ouvert au nom de quelqu'un d'autre. Ce qui tranche, c'est le nom du titulaire, que votre banque compare à l'IBAN depuis le 9 octobre 2025, et un appel au créancier sur un numéro trouvé par vous-même.

  1. Lisez l'IBAN en entier, pays et longueur comprises.
  2. Comparez le BIC et la ligne « Domiciliation ».
  3. Saisissez le nom exact du créancier, lisez l'avertissement.
  4. Rappelez-le sur un numéro trouvé par vous-même.
  5. Faites-lui lire les quatre derniers caractères.
  6. Ne virez rien tant qu'un doute subsiste.

Ce que contient un RIB, ligne par ligne

Un relevé d'identité bancaire n'est pas un document de sécurité. C'est une fiche d'information : une feuille, ou plus souvent un PDF, qui porte quatre choses. Le nom du titulaire du compte, la domiciliation (l'agence qui le tient), l'IBAN et le BIC. Rien dedans n'est signé, rien n'est scellé, rien ne se vérifie auprès d'une autorité. Votre banque le distribue d'ailleurs largement : dans l'espace client, sur les relevés de compte, dans le chéquier — et les mêmes coordonnées figurent au bas de vos chèques. Un RIB encaisse des paiements, il n'en autorise aucun.

Illustration : un relevé d'identité bancaire posé à côté d'un ordinateur portable ouvert sur un formulaire de virement
Un RIB n'est ni signé ni scellé : ses quatre lignes ne disent pas à qui appartient le compte.

L'IBAN d'un compte français fait toujours 27 caractères : les deux lettres du pays, deux chiffres de contrôle, puis le RIB au sens strict — cinq chiffres de code banque, cinq de code guichet, onze caractères de numéro de compte et deux de clé RIB. Le code BIC, l'identifiant interbancaire de l'établissement bancaire, fait 8 ou 11 caractères : ses cinquième et sixième lettres sont le code du pays où le compte est tenu. Sur un RIB français, on y lit donc « FR ».

C'est tout. Aucune de ces lignes ne dit que ce compte bancaire est bien celui de votre créancier. C'est le malentendu sur lequel repose l'arnaque au faux RIB.

Un IBAN valide ne prouve rien

Les deux chiffres qui suivent « FR » sont calculés à partir de tout le reste, par une division par 97. Même mécanique pour la clé RIB. Conséquence : si vous recopiez un chiffre de travers, le formulaire de virement le refuse immédiatement. Ce contrôle attrape les fautes de frappe, pas les escrocs.

Parce qu'un escroc n'invente pas d'IBAN. Il en donne un vrai, qui passe tous les contrôles arithmétiques du monde : une société écran, un compte ouvert avec une pièce d'identité volée, ou celui d'une « mule » recrutée par une fausse offre d'emploi et payée pour laisser transiter l'argent. Le numéro est authentique : c'est le titulaire qui n'est pas le bon.

L'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, à la Banque de France, chiffre le phénomène : sur les 485 millions d'euros de fraude au virement de 2025, 61 % sont des détournements — un ordre donné par le bon payeur vers le mauvais compte bancaire. C'est le poste qui monte le plus vite (+ 37 % en un an) dans 1,2 milliard d'euros de fraude aux paiements et 7,2 millions de transactions frauduleuses.

D'où l'inutilité des sites qui « vérifient un IBAN gratuitement » : ils recalculent la clé, rien de plus. Les registres qui savent à qui appartient le compte, ceux des établissements bancaires, ne sont pas publics.

Ce que chaque contrôle prouve, et ce qu'il ne prouve pas
Le contrôleIl prouveIl ne prouve pas
La clé de contrôle de l'IBANQu'il n'y a pas de faute de frappeQue le compte est celui de votre créancier
Le BIC et la domiciliationQuel établissement tient le compteQui en est le titulaire
Le logo et la mise en page du PDFRien du toutNi l'origine du document, ni son intégrité
La vérification du bénéficiaireQue le nom saisi correspond au compteQue votre créancier a vraiment changé de banque
L'appel sur un numéro trouvé par vousQue la demande vient bien de luiC'est déjà l'essentiel
Les deux derniers contrôles portent sur l'identité du bénéficiaire. Les trois premiers ne portent que sur la forme du document.

Les quatre vérifications avant de virer

Dans l'ordre, de la plus rapide à la plus décisive. Les quatre tiennent en cinq minutes, et aucune n'est payante.

  1. Lire l'IBAN en entier, à voix haute. Les deux lettres du pays, la longueur (27 caractères pour la France), et surtout la cohérence de l'ensemble : un RIB dont la domiciliation annonce une agence du Crédit Agricole de la Sarthe et dont le BIC commence par les quatre lettres d'un autre établissement a été retouché. C'est la faute la plus fréquente : on remplace l'IBAN dans un vrai document et on oublie le reste.
  2. Faire dire le nom par votre banque. Depuis le 9 octobre 2025, tout établissement bancaire de la zone euro doit comparer le nom que vous saisissez avec celui du titulaire du compte, sur tous les virements SEPA. Le service est gratuit et s'affiche avant que vous validiez, avec quatre réponses : « Correspondance exacte », « Correspondance partielle » (le nom réel est alors affiché), « Aucune correspondance », « Vérification impossible ». Tapez le nom exact du créancier : c'est votre saisie qui sert de point de comparaison.
  3. Rappeler le créancier sur un numéro que vous avez trouvé vous-même : une facture papier antérieure, le site officiel que vous tapez dans le navigateur, l'annuaire. Jamais celui du mail, jamais celui du RIB, jamais en répondant au fil. Puis faites-lui lire les quatre derniers caractères de l'IBAN — le contrôle de notre fiche sur la messagerie professionnelle détournée, en trente secondes.
  4. Regarder par quel canal le RIB est arrivé. C'est le point suivant, et c'est celui qui dit presque tout.
Le cas le plus courant : un premier paiement à un inconnu

Achat entre particuliers, dépôt de garantie, acompte d'artisan trouvé en ligne : le nom affiché par la banque est votre seul filet. S'il ne correspond pas à votre interlocuteur, arrêtez tout — même si l'explication est plausible (« c'est le compte de ma femme »). Pour une location, les vérifications sont dans notre fiche sur l'arnaque à la location.

D'où vient le RIB : le vrai signal

Dans les dossiers qu'on nous apporte, le document est presque toujours authentique dans sa forme. Ce qui est faux, c'est le message qui l'accompagne. Trois phrases reviennent mot pour mot :

  • « Nous avons changé de banque, merci de mettre à jour nos coordonnées bancaires pour vos prochains règlements. »
  • « Notre compte est momentanément bloqué pour un contrôle ; merci d'utiliser le RIB en pièce jointe. »
  • « Le virement précédent n'est pas arrivé, pouvez-vous le refaire sur ce nouvel IBAN ? »

Le mail arrive souvent depuis la vraie adresse du fournisseur, dans le vrai fil, avec la vraie signature, et parfois il répond à vos questions. Ce n'est pas une imitation : quelqu'un lit la boîte depuis des semaines et attend la facture. C'est la mécanique de notre fiche sur l'arnaque au président, qui frappe les TPE comme les particuliers au moment d'un achat immobilier.

L'autre variante est plus simple : un nom de domaine qui ressemble. Une lettre en moins, un .com à la place d'un .fr, un « rn » qui passe pour un « m ». Copiez l'adresse de l'expéditeur dans un éditeur de texte et comparez-la caractère par caractère avec celle d'un ancien mail.

La règle qui évite presque tous les dossiers

Un changement de coordonnées bancaires ne se valide jamais par le canal qui l'annonce. Ni en répondant au mail, ni en appelant le numéro qu'il donne, ni en cliquant sur un lien. Si la boîte est lue par un tiers, c'est lui qui vous confirmera que tout va bien. On raccroche, on cherche le numéro ailleurs, on rappelle. Même règle pour le prétendu conseiller qui vous fait virer votre épargne sur un compte « sécurisé » : c'est la même fraude par manipulation, 516 millions d'euros en 2025.

Notaire, huissier : le code 40031

Pour un virement chez un notaire ou un commissaire de justice, il existe un contrôle que personne n'écrit et qui tranche en cinq secondes. Les sommes qu'un notaire détient pour ses clients ne dorment pas sur le compte de l'office : elles sont déposées à la Caisse des Dépôts et Consignations, en application de l'article 15 du décret du 19 décembre 1945.

Le RIB que l'étude vous remet porte donc le code banque 40031 et le BIC CDCGFRPP. Un IBAN présenté comme celui d'un notaire qui commence par le code d'une banque commerciale, ou qui n'est pas français, doit vous arrêter net : vous appelez l'étude sur le numéro de l'annuaire des notaires, pas sur celui du courriel. Les études de commissaires de justice fonctionnent de la même façon. C'est la fraude la plus chère qu'on voit passer, parce que le montant est celui d'un apport ou d'une vente.

Les trois faux signaux

Trois reviennent partout. Ils font perdre du temps, et fâchent parfois un fournisseur honnête.

« L'IBAN est étranger, donc c'est une arnaque. » Faux. Des millions de comptes parfaitement légaux ont un IBAN allemand (N26), belge (Wise) ou lituanien. Et refuser un IBAN d'un autre pays de l'Union est même interdit : c'est la « discrimination à l'IBAN », contraire à l'article 9 du règlement européen 260/2012, et punie en France de 75 000 € d'amende (375 000 € pour une société). Ce qui compte n'est pas le pays, c'est le nom du titulaire.

« Le RIB a un logo et un tampon, donc il est authentique. » Un PDF se modifie en deux minutes. Sur les documents trafiqués qu'on nous montre, la ligne de l'IBAN a souvent une police différente du reste, ou des groupes de quatre caractères mal espacés. Quand on n'en est pas sûr, on ne discute pas du PDF : on téléphone.

« Ma banque a accepté le virement, donc le compte est bon. » Votre banque vérifie la clé, et depuis octobre 2025 la concordance du nom. Elle ne connaît ni votre fournisseur, ni le contrat, ni le fait que vous ayez été trompé. Une exécution n'est pas une validation.

Le virement est parti

Appelez votre banque immédiatement et demandez une demande de retour de fonds — le terme du métier. Elle n'a rien d'automatique : l'établissement bancaire du bénéficiaire doit obtenir l'accord du titulaire du compte, ou y trouver encore l'argent. Le délai décide de tout.

  • Virement instantané : les fonds sont crédités en moins de dix secondes. Il n'y a plus de fenêtre pour annuler, mais le signalement du compte bénéficiaire reste utile.
  • Virement SEPA classique : la somme est créditée au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant votre ordre (article L. 133-13 du code monétaire et financier). Un ordre passé un vendredi soir laisse donc quelques heures : appelez le jour même, y compris le service d'urgence du week-end.
  • Virement programmé ou permanent : il s'annule seul dans votre espace client tant qu'il n'est pas exécuté. C'est le seul cas où vous n'avez besoin de personne.

Ensuite, un point désagréable mais qu'il faut connaître : un virement que vous avez vous-même validé n'est pas une « opération non autorisée ». Le remboursement de droit prévu à l'article L. 133-18 du code monétaire et financier ne s'applique pas, et c'est ce que votre banque vous répondra en premier. Le tri entre les deux régimes est détaillé dans notre fiche sur le remboursement par la banque après une arnaque.

Il reste un argument neuf, et solide. Si vous avez saisi le nom du vrai créancier et que votre banque n'a affiché aucun avertissement de non-concordance, c'est qu'elle n'a pas rempli l'obligation de vérification du bénéficiaire du 9 octobre 2025. Écrivez-le par la messagerie sécurisée, avec la capture de l'écran de validation et l'heure. Puis déposez plainte en ligne sur Thésée, le service du ministère de l'Intérieur, où l'IBAN du bénéficiaire est demandé : les dossiers se regroupent par IBAN. Perceval ne sert à rien ici, il ne traite que la fraude aux cartes bancaires. Le détail est dans notre fiche sur porter plainte et signaler un piratage.

Ce qui ne sert à rien

  • Faire opposition sur votre carte. Un virement ne passe pas par la carte : l'opposition ne l'arrête pas et vous prive d'un moyen de paiement pendant une bonne semaine. À l'inverse, quand un vendeur laisse le choix, payer par carte bancaire vaut mieux que virer : la contestation auprès de l'émetteur de la carte existe, celle du virement non.
  • Changer votre propre IBAN. Il n'a pas fuité, et il circule de toute façon sur vos factures. Ce qu'il permet seul, c'est un prélèvement — contestable, comme l'explique notre fiche sur le prélèvement frauduleux.
  • Écrire à l'escroc. Réclamer, menacer, mettre en demeure : cela le prévient seulement qu'il faut vider le compte.
  • Attendre la réponse de la banque pour porter plainte. Les deux démarches sont indépendantes, et le récépissé appuie la réclamation.
  • Lancer un antivirus « au cas où ». Utile seulement si c'est votre boîte qui est lue. Alors, changez le mot de passe, activez la double authentification et cherchez la règle de redirection cachée.

Si vous ne savez pas laquelle des deux boîtes a été ouverte, la vôtre ou celle de votre correspondant, c'est la vérification qui se fait en une demi-heure d'assistance à distance : connexions récentes, règles de messagerie, appareils autorisés.

Questions fréquentes

Peut-on vider mon compte avec mon seul IBAN ?

Non. Un IBAN sert à recevoir de l'argent et à prélever : il ne permet ni virement sortant, ni paiement par carte, ni accès à votre espace client. Le risque réel est le prélèvement automatique signé en votre nom par un faux créancier : la Banque de France le voit passer de 4 % à 22 % de la fraude aux prélèvements entre 2024 et 2025. Surveillez chaque relevé de compte ; en tant que débiteur, vous bloquez et contestez auprès de votre banque.

Comment vérifier un IBAN gratuitement ?

En saisissant le nom du bénéficiaire dans le formulaire de virement : depuis le 9 octobre 2025, votre banque affiche gratuitement si ce nom correspond au titulaire du compte. Les sites de vérification d'IBAN ne recalculent que la clé et ne disent rien du titulaire.

La banque affiche « Correspondance partielle » : je continue ?

Regardez le nom réel qu'elle affiche à côté. Une forme juridique manquante ou un prénom abrégé expliquent une différence légitime. Un nom qui n'a rien à voir avec votre créancier, ou un prénom de particulier pour une entreprise, veut dire non : on n'insiste pas, on téléphone.

Mon RIB est sur mes factures, est-ce une négligence ?

Non, c'est son usage normal. Le risque n'est pas qu'on le connaisse, mais qu'on le remplace dans un document à votre en-tête pour détourner vos encaissements. Si vous facturez, prévenez vos clients que vos coordonnées bancaires ne changent jamais par simple mail.

La banque doit-elle rembourser un virement vers un faux RIB ?

Pas de plein droit, puisque vous l'avez autorisé. Mais elle doit prouver qu'elle a bien fait la vérification du bénéficiaire et vous a averti d'une non-concordance. Demandez par écrit la preuve de ce contrôle et une réponse motivée, puis saisissez le médiateur de votre banque.

Sources

À lire aussi : la messagerie professionnelle détournée · un virement inattendu reçu sur mon compte · le guide arnaques & hameçonnage.

EA

Étienne AubryTechnicien informatique au Mans depuis dix ans. Cette fiche vient des appels qui commencent toujours pareil : « il m'a envoyé un RIB, il avait l'air vrai ». En savoir plus.

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Un RIB reçu par mail, un doute avant de virer ?

Diagnostic gratuit au téléphone (15 minutes) : on regarde le RIB, le mail qui l'accompagne et l'adresse de l'expéditeur, et je vous dis si le doute est fondé. Assistance à distance dès 19 € la demi-heure pour vérifier votre boîte mail, intervention au Mans dès 49 €. Les tarifs sont affichés ; vous pouvez aussi décrire votre situation par écrit.

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